La suite du travail sur Verviers 1940-1945 au jour le jour et encodé bénévolement par notre petite nouvelle dans l’équipe EUCMH. Anne Catherine, qui termine une formation de secrétaire et qui, dans sa vallée perdues de la région de Trois-Ponts – Basse-Bodeux cherche désespérément un travail m’a proposé de faire un peu de bénévolat et de reprendre à sa charge la digitalisation de l’un de mes livres préférés : Verviers, 5 ans de Guerre au jour le jour. Ce travail aura le mérite de mettre sur Internet une oeuvre unique car il n’existe pas, à ma connaissance, un autre livre qui reprend cinq années de guerre et d’occupation principalement centré sur une région comme celle du grand Verviers. Donc, avec l’arrivée de Véronique (France – Normandie) qui travail déjà comme une enragée à la digitalisation d’archives, voici Anne Catherine qui rejoint l’équipe. Tout ceci ne sera finalement qu’au profit des visiteurs du site mais je pense – comme le dit la célèbre campagne de publicité – que vous le valez bien.
LUNDI 1er JUILLET 1940
Temps brumeux le matin, beau l’après-midi.
Des services funèbres sont célébrés presque chaque jour dans nos églises pour le repos de l’âme de nos soldats verviétois dont la mort a été officiellement annoncée. Ces offices sont généralement très suivis.
Des avions sont passés la nuit vers l’Est.
Depuis plusieurs jours, on fait la queue devant la Banque Nationale pour obtenir des remboursements sur les livrets de la Caisse d’Epargne.
Après avoir vu des files de gens devant les magasins de la Vierge Noire pour obtenir un kilo de café, on en voit maintenant d’aussi longues devant les boutiques des marchands de tabac.
MARDI 2 JUILLET 1940
Temps couvert le matin, beau et très chaud l’après-midi.
Encore des passages d’avions la nuit dernière. Nous avons entendu quelques instants après de fortes explosions, dont deux assez rapprochées, une plus éloignée. On dit que les bombes sont tombées dans nos environs : une à Polleur, une à Sart, une aux Croisiers et une à Henri-Chapelle, mais il nous a pas été possible de contrôler ces bruits.
Demain on distribuera les timbres de ravitaillement pour le troisième mois, commençant le 10 juillet.
MERCREDI 3 JUILLET 1940
Temps couvert, pluie.
Des affiches rappellent que, le beurre est rationné et qu’il ne peut être vendu sans timbre comme on le fait partout actuellement. D’autres affiches portent interdiction de vendre de la crème fouettée.
Un avis officiel enjoint de porter les secours, qui étaient de 4 francs par jour pour le chef de famille et de 2 fr. pour chaque personne à charge, c’est-à-dire 28 et 14 fr. par semaine, à 45 fr. pour le chef de famille, 25 fr. pour l’épouse et 15 fr. par enfant.
JEUDI 4 JUILLET 1940
Temps couvert, ondées alternant avec des éclaircies.
Une affiche averti ceux qui, à la faveur des événements, se seraient appropriés le bien d’autrui, qu’ils ont à le restituer au plus tôt s’ils ne veulent pas être poursuivis pour vol ou pour recel.
Depuis qu’a paru l’affiche rappelant le rationnement du beurre, celui-ci, dont tous les étalages étaient abondamment garnis les jours passés, a subitement disparu. On fait queue devant les crèmeries pour s’approvisionner de fromages.
La poste nous distribue des journaux venant de diverses villes non occupées les premiers jours de la guerre et qui ont encore pu paraître alors que notre publication du Courrier du Soir avait déjà cessé. Avec le recul de deux mois, leur lecture nous laisse rêveur !
VENDREDI 5 JUILLET 1940
Temps couvert, éclaircies et ondées.
Deux affiches : une invite la population à signaler à la police les abus commis par certains vendeurs peu scrupuleux qui offrent des denrées sans timbre à des prix très avantageux pour eux, l’autre averti les familles que les transports des morts de guerre est provisoirement suspendu.
SAMEDI 6 JUILLET 1940
Temps couvert, éclaircies et ondées.
Le nouveau tarif de secours n’a pas été appliqué, on croit pouvoir l’améliorer.
Encore une affiche : elle donne des instructions concernant les réclamations pour dommages de guerre causés aux biens ou aux personnes.
L’I. N. R. a commencé des émissions pour transmettre les demandes de renseignements des familles dont les membres sont supposés être réfugiés à l’étranger, en France particulièrement, civils ou soldats, et des indications sur ceux qui ont pu faire parvenir des renseignements, soit par l’entremise de l’ambassade de Belgique à Paris, soit par un consulat d’Espagne.
La Croix-Rouge organise, d’accord avec l’autorité militaire allemande, un service de renseignements au sujet des soldats prisonniers en Allemagne. Les demandes ont afflué dès l’ouverture des bureaux.
On est venu nous annoncer ce matin la nouvelle de la mort de notre bon ami, M. Ernest Sody, décédé à l’âge de 74 ans, à Thuin. Réfugié dans cette ville avec Mme Sody, chez son gendre, dès le premier jour de la guerre, il était parti ensuite avec sa famille vers la France, d’où il était rentré depuis quelques jours à Thuin. Frappé d’une congestion, il succomba en quelques heures. M. Sody, ancien directeur de l’Ecole moyenne de l’Etat, à Stavelot, à l’heure de la retraite, était venu s’installer à Verviers où il prit une part active à l’organisation des Classes Moyennes Catholiques, dont il dirigea les œuvres avec autorité. Son dévouement, son affabilité et sa courtoisie lui avaient valu de nombreuses et solides amitiés dans notre ville. Aussi, la nouvelle de sa fin, loin du milieu où il avait exercé son activité et son heureuse influence, a-t-elle peiné tous ceux qui connaissent cet excellent homme.
DIMANCHE 7 JUILLET 1940
Pluie diluvienne la nuit et pendant toute la matinée ; relativement beau l’après-midi.
Une affiche de l’administration communale répond aux bruits malveillants au sujet de l’eau de la Gileppe. Les analyses de celle-ci sont faites régulièrement et démontrent que notre eau alimentaire est parfaitement saine. Il n’existe, du fait de la guerre, aucune pollution, le bassin hydrographique étant éloigné de toute zone de combat.
On annonce la mort de M. Pepinster, fonctionnaire des chemins de fer, retraité, décédé à Verviers, dont il était originaire et où il était très estimé. C’était un de nos bons amis. La mort de sa femme, survenue récemment, l’avait très affecté.
LUNDI 8 JUILLET 1940
Alternance de pluie et de furtifs rayons de soleil.
La nuit dernière, des avions ont été entendus, se dirigeants vers l’Est
La voie ferrée qui traverse la ville est utilisée pour la première fois depuis le 10 mai, par un train de bois.
MARDI 9 JUILLET 1940
Temps couvert, pluies, éclaircies.
MERCREDI 10 JUILLET 1940
Beau temps.
JEUDI 11 JUILLET 1940
Temps couvert, pluie, éclaircies.
Une instruction est ouverte, sur ordre de l’autorité supérieure, contre les agents et fonctionnaires qui, en possession du carnet de mobilisation civile, ont abandonné leur poste. Ils auront à se justifier, et des poursuites auront éventuellement lieu.
D’après des nouvelles reçues de Bruxelles, on travaille, dans certains milieux de la capitale, à une organisation nouvelle de la Belgique de demain, suivant la conception nationale-socialiste. M. de Man, ancien ministre, président du POB, a publié, le 28 juin, un manifeste aux militants socialistes, les invitant à continuer l’activité économique de leur ouvrier belge comme terminé. Une autre mission les attend désormais, dit-il, et il termine ainsi :
Préparez-vous à entrer dans les cadres d’un mouvement de résurrection nationale qui englobera toutes les forces vives de la Nation, de sa jeunesse, de ses anciens combattants, dans un parti unique, celui du peuple belge, uni par sa fidélité au Roi et par sa volonté de réaliser le souveraineté du travail.
Ce manifeste donne évidemment lieu à des commentaires, spécialement dans les milieux socialistes.
Le leader article du Bien Public, de Gand, journal censuré, du 8 juillet, intitulé Renaissance Nationale, exprime le désir de voir la dictature dans notre pays, dictature qui serait exercée par le Roi.
Le peuple ne demande qu’une chose, écrit-il ; être gouverné par quelqu’un qui sait ce qu’il veut et qui sait prendre les responsabilités, pas quelqu’un qui incarne l’autorité. Il a horreur de ces intermédiaires irresponsables que sont les partis politiques. Ceux-ci sont morts et, sur ce point, la volonté populaire se manifeste déjà unanime et consciente : plus de partis, plus de politique. Mais il veut renaître et il se tourne délibérément vers celui qui est son chef et lui demande : Duc nos quo tendimus, conduis-nous vers notre destinée.
VENDREDI 12 JUILLET 1940
Temps couvert le matin avec petites ondées ; beau l’après-midi.
Quatre commerçants, qui avaient vendu à des prix excessifs, sont arrêtés.
SAMEDI 13 JUILLET 1940
Temps couvert le matin, larges éclaircies l’après-midi.
Depuis que le commerce a repris, la place Verte est transformée journellement en marché. Une rangée de petites charrettes et d’étals s’allonge le long du trottoir, côté Nord. On y vend tous les légumes et les fruits de la saison, qui sont en abondance : groseilles vertes, groseilles de «mamzelles», cerises noires de Mouland, cerises du nord, bigarreaux croquantes et juteuses.
Si nous avons des fruits, nous sommes bien prêts de manquer de savon ; au ravitaillement, on le distribue au compte-gouttes. Il en est de même de l’huile d’olive. A toutes les vitrines de marchands de tabac, on peut voir depuis hier cette inscription : «Plus de tabac», «Plus de cigarettes». En quelques jours, les magasins ont été vidés par les amateurs de la plante à Nicot.
En regardant la Vesdre couler des eaux limpides, j’ai pensé que les marcatchous liégeois, qui en veulent tant aux verviétois, dont l’industrie cause la pollution des eaux de la rivière, doivent être dans la jubilation : la fameuse question de l’épuration des eaux de la Vesdre est, en effet, résolue momentanément d’une façon qui n’avait été envisagée par les savantes commissions instituées par le gouvernement.
Pas de nouvelles de la guerre. D’après les gros titres des journaux, que nous ne lisons pas, le maréchal Pétain, institué dictateur en France, aurait remplacé le Président de la République comme chef d’Etat.
DIMANCHE 14 JUILLET 1940
Temps couvert le matin, éclaircies l’après-midi et ondées vers le soir.
Des avions sont passés la nuit. Des hauteurs environnant la ville, on assiste à un spectacle d’illumination du ciel par des réflecteurs qui, paraissant installés au-delà des collines d’Aix-la-Chapelle, cherchent à démasquer les avions anglais.
Quelques évacués, venant du Midi de la France, rentrent à bicyclette et rapportent parfois des nouvelles de certains de nos concitoyens qui n’ont pu encore entreprendre le voyage de retour.
Samedi, sont décédés à Verviers, l’avocat Gérardy, qui fut bâtonnier de l’Ordre, et Mme Massaux, femme de violoncelliste bien connu, âgée de 84 ans, professeur honoraire du Conservatoire, où elle avait donné pendant de nombreuses années le cours de piano.
LUNDI 15 JUILLET 1940
Temps couvert, pluies, éclaircies.
Le nouveau tarif est appliqué au secours, dont l’organisation et le fonctionnement sont confiés à l’Assistance publique à partir de ce moment. Le chef de famille touchera désormais 10 fr. par jour, la femme 4fr. 25, les enfants de moins de 15 ans, 2fr. 50, et les autres membres de la famille chacun 4 fr. 25.
FLANERIE
Ne voulant pas travailler sous la censure, nous avons, le 10 mai, embrassé la carrière de chômeur. Tout arrive !
Les quelques semaines que nous venons de passer dans l’exercice de cette profession, pour nous peu lucrative, nous ont permis de constater combien elle manque de charme. Habitué à la vie mouvementée d’un bureau de rédaction, qui est de plus le centre d’activité d’une association politique, fréquenté par la plupart de ceux qui s’intéressent à cette politique et à l’Action Catholique, l’inaction nous pèse lourdement.
Chaque matin et chaque après-midi, comme les vieux pensionnés du bon temps de paix, nous allons de par la ville, musant par ci, musant par là, baguenaudant, les mains dans les poches, la pipe à la bouche, le nez au vent, mais le champ d’animation s’est restreint Crapaurue, Place Verte et rue Spintay, pour déborder un peu place du Martyr. Les rues du Brou et de l’Harmonie sont délaissées et plusieurs de leurs magasins sont fermés.
La Place Verte est devenu le vrai centre où toute la vie de la cité se manifeste principalement : les bancs sont toujours occupés par une clientèle fidèle de vieux bonshommes et de bonnes vieilles qui bavardent et dont le principal sujet de conversation est le ravitaillement. Ils regardent le va et vient des flâneurs. Des groupes se forment de gens de toutes les classes, où se taillent de longues de longues «copènes» pour tuer le temps ; les ménagères s’affairent sur les trottoirs des grands magasins, où s’alignent échoppes et charrettes des marchands ambulants, vendant principalement des légumes et des fruits de saison.
Devant les panneaux d’affichage, les badauds se bousculent pour lire les avis officiels. Sur le terre-plein, des autos militaires et civiles stationnent, surveillées par les vieux gardiens à casquette qui escomptent le pourboire ; des dizaines de bicyclettes sont rangées contre le soubassement du kiosque ; les terrasses des cafés sont bien garnies d’amateurs de bières.
Le spectacle ne manque pas de pittoresque.
L’animation bat son plein de 4 à 6 h., vers 7 h., il ne reste plus que quelques rares marchands s’efforçant de liquider avant de rentrer chez eux après une journée fructueuse.
Parfois, pour varier les plaisirs, nous montons vers les Boulevards, où les promeneurs ne sont pas très nombreux dans les belles allées ombreuses. Le parc de la Tourelle est, par contre, très fréquenté, et c’est plaisir d’y voir de jeunes mamans, des grands-papas et des grands-mamans y promener des bébés qui gigotent dans leur voiture, ou surveillant des plus âgés qui s’ébattent sur les pelouses ou sous pots, joyeux d’être au grand air.
CHARME ROMPU
Nous sommes allés flâner plusieurs fois promenade des Récollets – un revenez-y – à l’heure où le soleil descend vers la crête des collines de l’ouest. Un banc était libre. Nous nous y sommes assis, face à la ville, qui paraît endormie et d’où ne monte aucun des bruits qui la caractérisent habituellement. Par-dessus les frondaisons que la brise fait onduler dans un bruissement léger, nous découvrons les toits, les cheminées d’usines, les clochers, le campanile de l’hôtel de ville, dont le carillon, comme celui de Notre-Dame, est muet, le bloc disgracieux de l’Ecole Normale, la masse imposante de la prison, l’asiles des Petites Sœurs des Pauvres et les villas aux toits rouge du haut quartier, qui s’étagent sur la colline, dominés par la fine silhouette de l’église de Heusy et, plus loin, par les horizons bleus.
Tout est calme, silencieux.
On entend les gazouillis des oiseaux et de l’éternelle chanson de la rivière capricieuse, cachée à nos regards par un rideau d’arbre escaladant la rive escarpée, rivière dont les eaux bouillonnent sur les rochers parsemant son lit.
Le ciel est bleu, des nuages blancs aux contours légers glissent imperceptiblement et se transforment sans cesse.
Que la nature est belle où il ferait bon vivre si les hommes n’étaient pas si méchants.
On se laisse aller à rêver devant ce merveilleux spectacle et à oublier un peu toutes les misères du monde… mais un promeneur s’arrête, s’installe à votre côté et vous parle de la grande tragédie dont nous ne pouvons encore prévoir comment elle finira…
Le charme est rompu.
MARDI 16 JUILLET 1940
Temps couvert, éclaircies l’après-midi.
Les commerçants arrêtés les jours derniers ont été condamnés par la Kommandantur chacun à 2.000 francs d’amende et à plusieurs jours de prison.
Qu’est-il advenu exactement des œuvres sociales et des organisations syndicales, tant chrétiennes que socialiste, depuis l’occupation ?
Nous sommes allés le demander à M. Dawans, au secrétariat du local «Patria» qui, très aimablement, nous a mis au courant de la situation.
En fait, aucun décret n’a paru à ce sujet. Les autorités allemandes se sont bornées à aller visiter les divers locaux et secrétariats.
L’Office de placement et de chômage, installé rue Xhavée, est devenu l’Office de placement et de contrôle et continue seul à fonctionner. La Bourse Libre du travail de Patria ne reçoit plus de subsides de l’Etat. Théoriquement elle a cessé de fonctionner, mais pratiquement, elle continue à recevoir des clients qui viennent la consulter à ses guichets et elle leur fournit les renseignements qu’ils désirent.
Les organisations syndicales, exception faite pour celle de la région d’Eupen, qui ont été mise sous le régime du Reich, n’ont pas été dissoutes, mais elles ont cessé leur activité. Toutefois, elles ont liquidé les arriérés jusqu’au 10 mai et elles restent en rapport avec leurs membres, à qui elles rendent de menus services.
Le «Bien-Etre du Pays Wallon», coopérative de Patria, continue dans les communes de l’ancien arrondissement de Verviers.
Plusieurs camions militaires ont ramené des soldats belges prisonniers qui de Verviers, ont pu rejoindre leurs foyers.
MERCREDI 17 JUILLET 1940
Temps couvert, ondées, éclaircies. Refroidissement.
Pour occuper les chômeurs, différents travaux sont entrepris. On achève la remise en état de la voirie rue des Carmes, devant l’église Saint-Joseph, et rue du Tribunal.
JEUDI 18 JUILLET 1940
Temps couvert, ondées, éclaircies.
Deux nouvelles à retardement : samedi dernier, le conseil communal s’est réuni pour examiner quelques affaires d’ordre administratif. Le conseiller rexiste Hénault en a profiter pour proposer une adresse au Roi. Cette proposition a été écartée par la question préalable.
Depuis dimanche, le drapeau rexiste, qui ressemble beaucoup au drapeau hitlérien, flotte à la façade du local de Rex, rue du Jardon, pour célébrer la libération de Léon Degrelle qui, étant incarcéré en France, vient d’être libéré. Ce drapeau est le seul autorisé actuellement ! Sans commentaire.
De petits trains circulent sur la voix ferrée, mais ne dépasse pas Haute Crotte, où le tunnel est en réparation.
VENDREDI 19 JUILLET 1940
Pluie froide. Eclaircies l’après-midi, réchauffement.
SAMEDI 20 JUILLET 1940
Temps couvert, éclaircies, chaud.
Un arrêté du ministère de la Santé Publique et du ravitaillement fixe le prix des œufs de 60 à 80 centimes, suivant le poids, et le prix du lait de ferme à 1 fr. 35 le litre, alors qu’il se vendait 1 fr. 60. L’arrêté est daté du 13.
Dans un discours prononcé hier, le chancelier Hitler a annoncé que les prisonniers belges seraient libérés à partir du 21 juillet, à l’exception des officiers militaires de carrières. Dans le même discours, il a offert la paix, une dernières fois a-t-il dit à l’Angleterre, laissant entendre que si son offre n’est pas bien accueillie, la guerre contre les Britanniques redoublera et que leur empire sera détruit. Les Anglais ne paraissent pas disposés à donner suite à cette offre.
Un pénible accident s’est produit hier vendredi, à 1 h. 30, dans la cour de l’Institut Sainte-Claire, rue Sécheval, pendant la récréation. Les fenêtres des abris établis dans cette école avaient été dissimulées par des sacs de sable formant des murs de deux mètres de haut. Au moment où quatre fillettes jouaient devant un de ceux-ci, composé de nonante sacs, il s’écroula, écrasant les enfants sous leur poids. La petite Georgette Bonani-Ruyschaert, 7 ans, demeurant à Ensival, fut tuée sur le coup ; les trois autres : Thys José, de Heusy, Henumont Monique, 5 ans, de Dison, et Barnabé Marguerite, 5 ans, de Verviers, furent contusionnées et reçurent les soins du Docteur Blondel. La police a ouvert une enquête pour établir les responsabilités, et le Parquet à fait une descente.
Les locataires de coffres-forts dans les banques viennent d’être convoqués pour procéder à l’ouverture de leur coffre en présence de délégués de la banque et des représentants de l’autorité occupante. Ils ont avisés que l’or, les devises et les valeurs étrangères qui s’y trouvent enfermées seront déposés en compte bloqué momentanément à la banque et que l’argent belge devrait être versé à un compte ancien au nom du client.
LA FETE NATIONALE EN 1940
DIMANCHE 21 JUILLET 1940
Temps couvert, éclaircies.
Fête nationale ! Le drapeau national flotte à la façade du commissariat de police de la rue du Collège. Pourquoi pas à l’hôtel de ville ? Mystère que nous éclaircirons peut-être demain.
Les cœurs n’étant pas à la joie, le Te Deum traditionnel a été remplacé par une grande messe pour la patrie. A 10 h., à Saint-Remacle, l’église est bondée et, dans le chœur, l’affluence est telle qu’elle déborde et envahi les deux bas-côtés : autorités judiciaires, autorités communales représentées par deux échevins catholiques seulement, bâtonnier de l’ordre des avocats, membres de diverses commissions administratives, personnel enseignant à l’Athénée, de l’Ecole moyenne des filles, de l’Ecole Normale, délégation officielle de la Croix-Rouge, officier de gendarmerie en tenue, représentant du commissariat d’arrondissement, commissaire de police ff. en tenue, présidents et de nombreux membres des associations patriotiques, etc. Dans les stalles, les représentants des ordres religieux et les directeurs des établissements d’instruction ; l’inspecteur de l’enseignement Lisin.
Les drapeaux des œuvres de jeunesse et de plusieurs sociétés forment quart de cercle de chaque côté de l’autel, et celui des combattants, cravatés de crêpe, seul, fait face à celui-ci. Les boys-scouts assurent le service d’honneur dans l’allée centrale. L’office est célébré par M. l’abbé Thimister, curé-doyen, assisté de M. l’abbé Gyr, directeur de l’école Albert 1er, et d’un Père Capucin. A l’Evangile, M. le Doyen prononce un court sermon, très simple, mais parfaitement adapté aux pénibles circonstances. A l’Elévation, les trompettes sonnent aux champs. L’office se termine par la Brabançonne, exécutée aux orgues par le maître Hauglustaine et écoutée avec recueillement et une profonde émotion. Enfin, après la bénédiction du Saint-Sacrement, la maîtrise, qui avait exécuté à la perfection une belle messe, entonne Vers l’Avenir et ensuite la prière pour le Roi.
Animés par une pieuse pensée, les anciens combattants se réunirent à 3 h. au cimetière pour rendre hommage à la mémoire de ceux qui sont tombés en 14-18 et en 1940. Après quelques paroles prononcées par leur vice-président, M. Warnotte, ff. de président, ils se recueillirent religieusement, puis un à un, silencieusement, ils défilèrent dans la crypte. De là, ils se rendirent à la pelouse d’honneur et dans la nouvelle partie du cimetière où ont été inhumés ceux tombés au début de cette guerre. Des couronnes de feuilles de lauriers, avec rubans aux couleurs nationales, furent déposées à chacune des haltes de ce pieux pèlerinage.
Remarquez l’absence des représentants de l’autorité.
Une petite pluie fine tombe par intermittence. La ville est morne. Vers le soir, de fortes averses dont rentrer au logis les quelques rares promeneurs qui arpentent les rues.
LUNDI 22 JUILLET 1940
Couvert, beau l’après-midi.
A 10 h., dans toutes les églises de la ville, une messe a été célébrée pour les soldats verviétois tombés au cours de la guerre actuelle.
IL N’Y A PLUS DE…
Des magasins avaient affiché «Il y aura du tabac demain». ce matin, bien avant l’heure d’ouverture de ces magasins, de longues files d’amateurs s’allongeaient. Plus d’un fut déçu : en un quart d’heure, la quantité disponible avait été enlevée.
Outre les avis : «Il n’y a plus de tabac», «Il n’y a plus de cigarettes», affichés aux étalages des marchands de tabac, on voit aux vitrines des pancartes portant : «Il n’y a pas de beurre», «Pas de pain sans ticket», «Plus de margarine», etc. Aujourd’hui, nous en avons découvert une portant : «Il n’y a plus de pot à beurre».
La réquisition des autos et des camions à moteur a réduit considérablement le nombre de ces véhicules et le bon vieux cheval prend sa revanche. Il paraît en avoir conscience. On a revu des fiacres du temps passé, que les loueurs sont allés rechercher au fond de leur remise, où ils attendaient sous une épaisse couche de poussière. La bicyclette est reine plus que jamais. On en voit de neuves, toutes clinquantes, et de vieilles couverte de rouille. Jeunes et vieux, garçons et filles, gringalets et grosses dondons, messieurs d’âge respectable, ouvrier, artisans, petit et gros bourgeois, roulent allègrement. L’esprit inventif s’est révélé par nécessité : des cyclistes trainent derrière eux des véhicules de fantaisie improvisés, caisse à sucre montée sur deux roues légères, avec pneu ou même sur de petites roues de trottinette. Ainsi se font sans trop de peine des transports de tout genre.
Nous sommes en plein dans la saison des myrtilles ; aussi chaque jour, voit on des quantités de gens qui sont allés en famille faire la cueillette dans les bois des environs et qui reviennent avec de lourdes charges.
Que deviendront les petits Etats dans une nouvelle Europe ? Si la guerre se terminait à l’avantage complet de l’Allemagne. Cette question est envisagée déjà la presse du moment, qui reproduit cet extrait d’un article du correspondant diplomatique de la Boersen Zeitung, Karl Megerlé, communiqué par la DNB :
Les moyens et petits Etats européens ont appris dans cette guerre qu’une vie autonome et même une existence sous la dépendance d’une grande nation ne sont plus possibles. A cela s’ajoute la conscience toujours plus nette de l’impossibilité de maintenir les rapports économiques, sociaux et politiques actuels et de la nécessité de revoir l’atmosphère nécessaire pour la diffusion de l’idée de la communauté du destin de l’Europe, sous une direction sûre.
A ce propos, continue le journal qui publie cet extrait, Mégerlé montre que les Etats en question doivent se garder de verser du vin nouveau dans de vieilles outres ne pas confier leur destinée à des mains trop vieilles et incapables. Quelques discours, ordonnances et gestes larges ne peuvent suffire. Il faut une vue personnelle et honnête sur la marche du siècle, le rejet de la politique d’opportunisme et la renonciation à des nationalismes politiques et économiques exagérés. Il faudra reconnaître aussi qu’il est compatible avec l’honneur d’un petit Etat d’accepter la direction et la protection d’un grand empire. Il est possible actuellement, dit Mégerlé, d’être en même temps un bon membre de son peuple, un bon patriote et un bon européen, sans que ce dernier mot rende le son faux qu’il avait après la période de Versailles.
Le drapeau placé à la façade du commissariat de police de la rue du Collège, le 21 juillet, l’avait été à l’initiative du commissaire Denis ; le Collège avait décidé de ne pas arborer à l’hôtel de ville et aux façades des bâtiments communaux.
Aux messes du dimanche, à Sainte-Julienne, M. le vicaire Dechesne a prononcé un sermon patriotique très courageux, qui a fait impression.
MARDI 23 JUILLET 1940
Temps assez beau le matin, couvert et pluie l’après-midi.
Demain, ont lieu à Odrimont, les obsèques pour le repos des âmes de huit personnes de la famille Clee, mortes accidentellement à Fressenville (France) en cours d’évacuation.
On raconte, mais nous n’avons pu le contrôler, que dimanche, jour de la Fête Nationale, les anciens combattants de Gemmenich sont allés, drapeau en tête, en chantant la Brabançonne, au monument de la Victoire de leur commune, et que des incidents se sont produits, les soldats allemands étant intervenus.
Une affiche nous apprend qu’à partir du 24 juillet, les cafés devront fermer à 10 h. 30 et que la circulation est interdite à partir de 11 h. Pourquoi ? Peut-être le saurons-nous demain.
Les moyens de communications entre Verviers et Liège, Verviers et Bruxelles, dans les premiers moments, étaient réduits à leur plus simple expression, c’est-à-dire qu’il fallait se résoudre à faire du footing quand on ne savait pas rouler à bicyclette ou si on n’avait pas la chance de se faire transporter pour un bout de chemin par un camion du service du ravitaillement qui voulait bien vous pêcher en cours de route. Peu à peu, des camions ont fait un service, plus ou moins régulier, entre Verviers et Liège et retour, puis de rares taxis ont accepté des transports à prix d’or. Enfin, les terminus des lignes de tramways ont été reliés par des services d’autobus et Liège a été mis communication avec la capitale par les vicinaux. Le Voyage, par ce moyen est un peu long, assez inconfortable, il faut jouer des coudes pour arriver à grimper sur un marche-pied et à se faufiler sur une plateforme, mais enfin on peut espérer arriver à destination à la fin de la journée.
Les propriétaires d’autos qui sont autorisé à se rendre à Bruxelles pour leurs affaires sont très complaisants et emportent généralement, bénévolement, un ou plusieurs verviétois désireux d’aller revoir un membre de leur famille.
MERCREDI 24 JUILLET 1940
Temps couvert.
Le cours du marck est porté de 10 à 12 fr. 50.
Le service des virements aux comptes chèques postaux est rétabli, ce qui permettra le paiement de plus d’une facture en souffrance.
On croit pouvoir attribuer l’arrêté fixant l’heure de rentrée à 11 h. au fait qu’un incident s’est produit au café du Phare, au coin des rues de la Concorde et du Manège ; un civil et un soldat allemand pris de boisson auraient eu une altercation.
Depuis quelques jours déjà, la députation permanente a été modifiée dans sa composition. Les communistes Grognard, qui avaient été placé à la tête de la province en qualité de président, en l’absence du gouverneur M. Mathieu, et Thonet, ont été mis de côté. La députation se compose maintenant de quatre socialistes et d’un libéral. La présidence a été attribuée à un socialiste.
M. Hoen, député et maire de Dison, comme il s’intitule, est rentré de France il y a quelques jours seulement. Il s’était réinstallé d’office dans ses fonctions, qui avaient été remplies en son absence, consciencieusement, par M. Delhez, mais serait révoqué.
M. l’abbé Vaessen, curé de Welkenraedt, n’ayant pas voulu se plier aux exigences de l’autorité occupante, dans l’exercice de son ministère, à été arrêté. Welkenraedt se trouve, depuis le tracé de la nouvelle ligne douanière, en territoire placé sous le régime du Reich.
L’arrête de l’autorité allemande, interdisait l’accès du territoire belges aux membres du gouvernement Pierlot se trouvant encore à l’étranger, spécifie que les mandataires publics, les fonctionnaires, les journalistes et les membres du personnel de la Radio qui rentreront au pays devront, sauf autorisation spéciale, s’abstenir de toute activité publique pouvant exercer une influence sur l’opinion.
JEUDI 25 JUILLET 1940
Ciel couvert, temps relativement beau.
En vue de l’arrivée de troupes, des bâtiments écoles ont été réquisitionnés.
Hier et aujourd’hui, les camions du service du ravitaillement communal ont été réquisitionnés et, accompagnés de soldats allemands, sont partis dans la direction de l’Allemagne pour en ramener du fourrage nécessaire aux troupes casernées ici.
La Clinique de l’Avenue Peltzer a été réquisitionnée et occupée dès l’évacuation des malades, transférés au Sanatorium Saint-Elisabeth, la Colonie Herla, etc. A midi est arrivée une longue colonne de camions et d’ambulances de la Croix-Rouge allemande. Une partie de Séroule et le premier étage de l’Harmonie recevront aussi provisoirement des malades et des convalescents.
Un arrêté du commandant militaire de la Belgique, daté du 11 juillet, a été affiché aujourd’hui. Il porte que les rassemblements en plein air, les manifestations, les cortèges, ainsi que toutes les réunions d’ordre politique, au cours desquelles des questions politiques devront être traitées, sont interdites. Des exceptions ne pourront être accordées que par le feld-commandant. Il précise :
Les rassemblements d’ordre non politique devant avoir lieu dans un endroit fermé et couvert, ainsi que les réunions politiques closes devront être signalées à la Orts-Kommandantur au plus tard sept jours avant la réunion.
- sont considérées comme réunions closes celles auxquelles les participants ont été convoqués par écrit ou nominativement.
L’alinéa 1 ne s’applique pas à des rassemblements de caractères purement religieux ou artistique.
La fondation ultérieure d’associations et de partis politiques est interdite jusqu’à nouvel ordre. Des exceptions ne pourront être accordées que par le feld-commandant compétent.
VENDREDI 26 JUILLET 1940
Temps maussade, pluie.
Deux affiches : une du bourgmestre rappelant «pour la dernière fois», au nom de l’autorité occupante, les prescriptions relatives à l’occultation des lumières, que certains ne respectent guère, et une de l’échevin Burguet, directeur général du service du ravitaillement, au sujet des pommes de terre. Celles-ci se vendaient, il y a quelques jours, 70 ou 80 centimes le kilog et, brusquement, leur prix est monté à 1 fr. 40 et 1 fr. 50. L’affiche prévient que les pommes de terre nouvelles ne se conservent pas et assure la population que toutes les mesures ont été prises pour qu’elle n’en manque pas dans l’avenir.
Beaucoup de soldat de passage ont pris logement à Verviers et dans les environs.
La modification apportée au cours forcé du marck, sans que les papiers circulant dans le pays aient été au préalable retirés et remplacés par d’autre, a été cause d’une certaines perturbation, des magasins ne les ayant pas accepté au nouveau taux dès le premier jour, de même que la poste et les banques.
Les arrêtés partant de Bruxelles arrivent généralement ici avec plusieurs jours de retard alors qu’ils sont déjà appliqués dans la capitale.
M. le doyen de Dison, dont la santé laissait à désirer par suite des événements à été pourvu d’une cure de campagne, où il pourra se reposer, et M. l’abbé Michel, curé de Saint-Hubert, à Verviers, a été désigné par Mgr l’évêque pour prendre sa succession. Ils seront regrettés l’un et l’autre dans la paroisse qu’ils quittent.
Une instruction vient d’être ouverte contre un mercanti qui avait offert du café en vente au prix excessif de 45 fr. le kilog. Un peu naïf, il s’était adressé à des soldats allemands qui, faisaient mine de s’intéresser à cette aubaine, avaient demandé où se trouvait une aussi précieuse denrée. Le marchand les avait conduits à l’endroit où il l’avait cachée et les soldats allés le dénoncer.
Chaque jour on revoit dans nos rues des figures disparues depuis le 10 mai. Beaucoup de nos concitoyens, cependant, ne sont pas encore rentrés ; plus d’un mari attend le retour de sa femme et de ses enfants, et plus d’une femme attend le retour de son mari. Très heureux encore sont-ils lorsqu’ils savent où se trouve l’absent. Ces départs et ces retours ont créé des situations qui seraient comiques si elles n’étaient pas si tristes. On me racontait aujourd’hui qu’un homme d’une quarantaine d’années, parti parce qu’il se croyait dans l’obligation de rejoindre l’armée, était revenu du Midi de la France, non sans difficultés. Arrivant chez lui, il eut la décevante surprise d’apprendre que sa femme, partie après son départ, se trouvait en France dans un endroit situé à 50 km. de celui où il avait séjourné.
SAMEDI 27 JUILLET 1940
Temps couvert, éclaircies, pluie.
Une affiche du président de la province Dessis, signalant les difficultés rencontrées dans le rapatriement des réfugiés et des jeunes gens se trouvant encore en France dans la partie non occupée, annonce que les autorités belges s’efforcent de l’organiser et que, presque journellement, des trains de Paris en ramène quinze cents en Belgique. Il assure qu’ils sont secourus et qu’il ne faut avoir aucune inquiétude à leur sujet. En terminant, il invite à patienter ceux qui sont ici dans l’attente.
Mort de M. l’avoué Spietz, un vétéran du Palais, qui, en 1914, fut emprisonné par l’occupant pour un dessin patriotique de sa composition, affiché dans une vitrine, très estimé, et de M. Albert Vosse, industriel à Verviers, domicilié à Heusy.
SUR LES HAUTEURS DE LAMBERMONT
DIMANCHE 28 JUILLET 1940
Temps couvert, éclaircies.
On ne s’est pas rendu compte, jusqu’à présent, d’une façon exacte, des dégâts causés dans les environs par les destructions et les bombardements. Au cours d’une promenade sur les hauteurs de Lambermont, nous avons constaté que, sur la route de Verviers, depuis l’embranchement descendant vers les Clarisses jusqu’au haut du village, la plupart des maisons avaient leurs vitres brisées et que plusieurs, notamment d’importantes villas et une ferme, avaient leur toiture et leur pignons éventés par des obus, tandis que les façades étaient criblées de trous faits par les éclats.
Au-dessus du Thier de Hodimont, une ferme a été atteinte et on voit encore un énorme trou sous le chenal de la toiture. Ces dégâts proviennent d’un bombardement par le fort de Tancrémont, le samedi 11 mai après-midi. Le vaste entonnoir formé sur toute la largeur de la route par l’explosion destinée à détruire le tunnel de la ligne de Herve, n’est pas encore comblé. Le travail de remise en état ne sera, paraît-il, entrepris que lorsque les travaux de déblaiement du tunnel de Belvaux, sur la ligne de Dolhain, et la réparation des ponts du chemin de fer seront terminés. A cette occasion, nous avons appris que les trains passant depuis quelque temps par le centre de la ville conduisaient des matériaux destinés à ces travaux, où sont occupés de nombreux ouvriers.
LUNDI 29 JUILLET 1940
Temps couvert, éclaircies.
On a commencé aujourd’hui la troisième distribution des timbres de ravitaillement, qui seront valables à partir du 10 août.
Après un travail préparatoire de quinze jours, ayant exigé vingt-cinq employés, le nouveau service de distribution des secours a commencé ce matin aux guichets de l’Intersyndicale, rue du Gymnase, local réquisitionné par la ville parce qu’il se prête très bien à cette destination. Le système mis en vigueur, par lettres alphabétiques, jours et heures, donne d’excellents résultats. Le public n’est plus astreint à de longs et pénibles stationnements.
MARDI 30 JUILLET 1940
Pluie.
La nuit, des avions sont passés vers l’est et on a entendu de lointaines et sourdes explosions.
MERCREDI 31 JUILLET 1940
Temps couvert.
Beaucoup d’avions, la nuit dernière, en direction de l’Est.
Le bureau de secours aux réfugiés, installé depuis les premiers jours de la guerre et l’orphelinat des filles, rue du Collège, a clôturé, en cette fin de mois, ses opérations et rentrera à partir de demain dans l’organisation générale des secours dont l’Assistance publique a la direction. Ce bureau a eu à s’occuper de quelque mille personnes. Il a distribué, en chiffre ronds, 27.000 francs, procuré le logement à un certain nombre de familles, les premiers jours, et, en plus, a procuré le service du ravitaillement à tous ceux qui, n’étant pas domiciliés à Verviers, étaient installés momentanément chez des parents ou des amis et dont la situation de fortune était telle qu’ils ne sollicitaient pas de secours en argent.
Au début, des réfugiés sont arrivés des régions frontières, de localité de l’intérieur et même de la France. Puis sont venus des évacués regagnant le village qu’ils avaient quitté et qui faisaient étape ici, des habitants de Pepinster et de Theux, au moment où les Allemands préparaient l’attaque du fort de Tancrémont, des habitants de Welkenraedt, de Baelen, de Malmedy et d’Eupen qui ne voulaient pas demeurer en territoire annexé ou qui en étaient expulsés avec pour tout potage dix marcks dans leur poche.
La partie ravitaillement, qui incombait à ce bureau, est reprise à l’hôtel de ville par le bureau de la population.
Parmi les personnalités rentrées ces jours derniers : M. Ohn, échevin de l’instruction ; MM. Peltzer et Lebeau, conseillers communaux.
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