Featured Posts

Gold Remains a Good long-term Investment Whether the dollar goes up or down, gold is still going to be a good investment because we have virtually all the important central bankers focused on growth and not inflation. Gold is a dynamic metal....

Read more

Request for Identication - Crashed Plane 1945 I need the following answers : (Body) German or British ? (Plane) German or British ? I have studied the photos for more than an hour and I am still wondering because the Cockpit looks like an AAF P-38's...

Read more

Marty & Cindy : Unpublished Photos 17th A/B 1945 Another Wartime photos set and like the one before it's a really good one. Joe Summers Pontoon bridge over the Rhine River. Note signs : (left) seems to be a "one way - Red Ball Express",...

Read more

Marty & Cindy : Unpublished Photos 17th A/B 1945 And here is the next set Wartime photos of the 17th Airborne Division. My Dad took a photo of the same concrete bunker from a distance. It had a Russian star on top of it when he took the photo....

Read more

Marty & Cindy : Unpublished Photos 17th A/B 1945 Well, these new photos are fields photos and request from me some researches. This is exactly what I like to do, so it will take a little more time as usual to be posted. And once again thanks to Cindy...

Read more

twitter

Follow on Tweets

  •  

Verviers 1940-1945 (Mai 1940)

Category : Verviers - Ma Ville, Verviers 1940-1941



AnnekaLa suite du travail sur Verviers 1940-1945 au jour le jour et encodé bénévolement par notre petite nouvelle dans l’équipe EUCMH. Anne Catherine, qui termine une formation de secrétaire et qui, dans sa vallée perdues de la région de Trois-Ponts – Basse-Bodeux cherche désespérément un travail m’a proposé de faire un peu de bénévolat et de reprendre à sa charge la digitalisation de l’un de mes livres préférés : Verviers, 5 ans de Guerre au jour le jour. Ce travail aura le mérite de mettre sur Internet une oeuvre unique car il n’existe pas, à ma connaissance, un autre livre qui reprend cinq années de guerre et d’occupation principalement centré sur une région comme celle du grand Verviers. Donc, avec l’arrivée de Véronique (France – Normandie) qui travail déjà comme une enragée à la digitalisation d’archives, voici Anne Catherine qui rejoint l’équipe. Tout ceci ne sera finalement qu’au profit des visiteurs du site mais je pense – comme le dit la célèbre campagne de publicité – que vous le valez bien.

C’est à Jean Bronckart – Journaliste au Courrier – que revient le mérite du texte qui va suivre. En effet, Jean Bronkart, pendant les cinq années d’occupation, a patiemment assemblé les morceau de l’histoire des habitants et de notre ville de Verviers, histoire évidement consacrée à ceux qui subirent toutes les horreurs de cette Seconde Guerre mondiale et de l’occupation.

C’est ensuite à Anne Catherine Schoonbroodt de Basse-Bodeux, que revient le mérite de ce laborieux travail, transformant les textes imprimés sur papier journal d’époque vers le format digital.
Anne Catherine je désire ici te remercier car dans ta situation actuelle particulièrement difficile, à la recherche d’un emploi depuis des mois et des mois, je salue ici ta décision de faire ce bénévolat malgré tes difficultés. Je suis persuadé qu’un patron de Verviers dont les parents seront cités dans le texte qui suit saura te remercier en t’offrant un emploi.
C’est ensuite à vous, mes amis, vous les anciens et en majorité petites gens comme moi que revient le mérite d’avoir écrit parfois avec votre sang mais souvent avec vos souffrances, la longue et douloureuse histoire de notre Ville.

Finalement, et il faut le souligner, c’est à vous, Mrs les politiciens, tant locaux que nationaux, que revient le mérite d’avoir détruit toutes notre ville pour en faire les chancre qu’elle est devenue aujourd’hui et où il convient d’observer une sorte de couvre-feu régler selon les saisons par la lumière du jour, pour s’y rendre si l’on désire en revenir dans le même état.

Je terminerai en m’adressant à toi Verviers, ma pauvre ville, ma pauvre vieille ville, défigurée, vidée de tes racines par des gens dont les buts, généralement en dépit de tout bon sens, ne sont que de s’octroyer une place de choix dans le livre de ton histoire. Ma pauvre ville, comme je te plains.

Gunter G. Gillot Jr
Jalhay, Novembre 2009

495px-Héraldique_Ville_be_Verviers.svg

VERVIERS CINQ ANS D’OCCUPATION
VERVIERS PENDANT LA GUERRE 1940-45

NOTES QUOTIDIENNES D’UN JOURNALISTE EN DISPONIBILITE DU 10 MAI 1940 AU 9 SEPTEMBRE 1944

Aux Lecteurs

Pendant la guerre 1914-1918, nous avions tenu note au jour le jour de tout ce qui concernait la vie locale à Verviers. Ces éphémérides ont été publiées en feuilletons dans le Courrier du Soir et se trouve à la bibliothèque de la Ville.
Dès le 10 mai 1940, nous avons entrepris la même tâche. Chaque jour, nous avons acté les principaux faits, les évènements que nous avons vécus, vus ou pu contrôler et nous les avons transcrits, avec concision, à l’exception de quelques-uns, plus importants, qui font l’objet d’un récit plus circonstancié. On ne s’étonnera pas d’y trouver, au début, des épisodes auxquels nous avons été personnellement mêlé.
Les opérations militaires et les évènements de politique internationale, sortant du cadre de ce journal, nous nous étions borné à ne signaler que les faits principaux arrivés à notre connaissance, l’isolement dans lequel nous nous trouvions ne nous permettant pas d’entrer dans les développements que demanderait une histoire de la guerre, que nous ne sommes pas qualifiés pour écrire, mais nous avons été amené peu à peu, par la force des choses, à faire le point pour faire comprendre l’état d’esprit du moment et les réactions de la population.
Nous n’avons pas la prétention de présenter au public une œuvre littéraire, mais de simples éphémérides. Nous croyons cependant que celles-ci intéresseront les Verviétois en particulier en leur faisant revivre les journées pénible de l’occupation, les heures un peu folles de la délivrance, les moments d’anxiété du retour offensif de la dernière semaine de 1944 en enfin les instants heureux de la libération.
Peut-être constatera t-on par-ci, par-là, une omission ou même une inexactitude, mais on voudra bien les excuser en tenant compte de ce que nous avons élaboré ce travaille pendant une période où nous étions entourés d’espions et d’agents de la Gestapo, et que la prudence nous était une obligation de ne le révéler à personne pour éviter de voir notre manuscrit saisi et détruit pas l’occupant.

Jean Bronkart
Verviers, 1940-1945

JEUDI 9 MAI 1940

Les dernières nouvelles du 9 mai n’avaient rien de particulièrement alarmant pour nous. Interpellé à la commissions des Affaires étrangères du Sénat, sur «certaines éventualités», M. Spaak, disait un communiqué très discret, avait répondu et les interpellateurs s’étaient déclarés «satisfaits». En première page du numéro de cette date, le dernier que pure recevoir les abonnés, le Courrier du Soir reproduisait sous ce titre :

LEGERE DETENTE A BERLIN.
ON AFFIRME N’AVOIR AUCUNE INTENTION AGRESSIVE A L’EGARD DE LA HOLLANDE

Cette dépêche rassurante, datée de Berlin, le 8 : L’alarme concernant la Hollande a été immédiatement et clairement démentie à Berlin et n’a pas suscité une très grande émotion dans la capitale, où l’on constate depuis un certain temps une légère détente. Les milieux allemands attachent peu d’importance aux mesures militaires prises par le gouvernement de La Haye et s’efforcent de rejeter sur l’Angleterre la responsabilité de cette fausse nouvelles, car on aurait cherché à détourner l’attention de l’opinion du théâtre balkanique. Il est pourtant naturel que, dans une telle atmosphère chargée d’électricité, toutes les nouvelles paraissent vraisemblables.
Il faut être toujours vigilant tout en restant maître de ses nerfs. La presse profite de l’incident pour se détourner du thème méditerranéen et renouveler ses attaques contre les intentions agressives des alliés en commentant beaucoup d’exagération l’épisode hollandais.
Au bureau de la rédaction, où venaient chaque jour quelques amis, on avait discuté, suivant l’habitude, d’après de vagues données, les hypothèses et les éventualités probables ou possibles, mais ceux même, et j’en étais, qui étaient persuadés que, tôt ou tard, l’Allemagne tenterait une opération de grande envergure par la Belgique et les Pays-Bas, ne se doutaient pas que nous étions la veille de la catastrophe.

VENDREDI 10 MAI 1940
Les échos de sourdes explosions venant de diverses directions, accompagnés de ronronnements de moteurs d’avions, nous éveillèrent vers 0500-h. Le ciel était zébré de nuages blancs très allongés, floconneux, tels que nous en avions vus parfois depuis plusieurs mois au passage d’avions allemands «égarés» au dessus de notre territoire. Aux fenêtres, aux balcons, sur le pas des portes, se montraient des visages inquiets ; dans la rue des hommes se hâtaient.
S’agissait-il d’une alerte ?
En pareille occurrence, nous avions reçu, au milieu de la nuit, des télégrammes d’Etat nous convoquant d’urgence à Bruxelles pour y recevoir des communications importantes de la bouche du Premier Ministre ou du Ministre des Affaires étrangères.
Rien de pareil. Notre téléphone est muet. Nous ne nous inquiétons donc pas. A 0600-H, un sous-officier de gendarmerie vient sonner à notre porte et nous remet l’ordre de mobilisation générale, à publier dans le journal du soir, et nous apprend que les armées allemandes ont franchi, entre 0300 et 0400-H, les frontières de la Belgique, de la Hollande et du Grand-duché de Luxembourg.
Notre cœur se serre : c’est la guerre, avec toute sa suite de carnages, de massacres, de destructions, de deuils et de larmes.
Une partie de la population, prise de panique, s’enfuit, en autos, en cars, en camions, à bicyclettes, à pieds, homme, femmes et enfants chargés de colis, de valises, de couvertures, de vivres, parfois accompagnés de leur chien ou de leur chat, qu’ils n’ont pas voulu abandonner. Les routes venant de la frontière, celle conduisant vers la Meuse, s’encombrent rapidement de fuyards en longues files lamentables, qui devaient, au fur et à mesure de la marche en avant, prendre des aspects tragiques.

A 0645-H, nous sortons pour nous rendre au bureau du journal afin d’y prendre nos dispositions pour la journée et, place Verte, nous rencontrons Mme Michel, femme du directeur du Grenz Echo, d’Eupen. Averti dès la première heure de l’imminence du danger, M. Michel avait pris une auto avec sa famille et s’était dirigé vers Verviers, mais en cours de route, il avait rencontré les chicanes fermées. Dans l’impossibilité de les franchir avec la voiture, il avait dû l’abandonner, avec tous ses bagages et il avait disparu.
(Il retrouva plus tard les siens à Bruxelles).
A Verviers, Mme Michel était en quête d’un moyen de transport qui lui permet de gagne la capitale avec ses enfants. Nous nous adressons à plusieurs garages : la dernière voiture vient de partir. Nous téléphonons à la gare : plus de trains. Nous ne pouvons rien pour elle ; la pauvre femme va s’adresser à des connaissances qu’elle a en ville et elle aura trouvé, sans doute, un moyen de transport, car nous ne la revoyons pas.
Au Courrier, deux de nos linotypistes, René Bodson et Henri Alberthal, rappelables, viennent me faire leurs adieux ; quelques instants après, c’est notre rédacteur sportif, Joseph Smets, papa depuis deux mois à peine, qui vient prendre congé et s’en va à l’aventure.

A 0800-H, nous avons trois ouvriers à l’atelier. Impossible de paraître dans ses conditions et, cependant, nous voudrions faire un dernier numéro avant l’arrivée de l’ennemi. Nos confrères locaux sont à peu près logés à la même enseigne, mais au Jour, le personnel est suffisant pour composer et tirer un numéro de fortune portant nos trois titres et que la poste nous promet de faire distribuer au mieux, au moins à nos abonnés de Verviers.
La STF nous confirme l’attaque dont nous avons été l’objet, sans avertissement préalable ; vers 0830-H, un confrère de la Gazette de Liège nous téléphone pour savoir ce qui se passe à Verviers. Nous convenons de nous tenir en communication d’heure en heure… Nous avions encore, à ce moment, une ombre d’illusions.
Quelques instants après, la centrale téléphonique ne répondait plus. Nous étions séparés du reste du monde… Pour combien de temps ? Le matériel téléphonique et télégraphique avait été, suivant les instructions, rendu inutilisables par le personnel avant d’abandonner l’Hôtel des Postes.
A 1300-H, la vague feuille qui représente nos trois journaux est déposée à la poste.
Et c’en est fini pour nous. Nous ne reparaîtrons plus avant des temps meilleurs. Chacun de nous s’en va vers sa destinée.
Notre collaborateur, M. Todt, arrivé de bonne heure avec sa femme, sac au dos, ployant sous le poids de lourds fardeaux, part à pied dans la direction de Liège ; le RP Milcamps qui, depuis la mobilisation, n’avait cessé de remplacer notre autre collaborateur, Camille Deleclos, maréchal des logis d’artillerie, rentre paisiblement chez lui, quittant à contre-cœur ce bureau où nous avons passé tant de bonnes heures à le taquiner sur ses petites manies.
Nous fermons les portes de l’établissement.
Là, où hier encore, régnait une activité trépidante dans le ronronnement des moteurs, le grondement de la rotative lancée à toute vitesse pour ne pas manquer le courrier postal, le cliquetis des linotypes, c’est aujourd’hui un silence impressionnant.
Le temps est frais mais sec.
Des groupes de fuyards venant de la frontière de l’Est et de toute la région qui longe celle-ci, traversent la ville. Eveillés dès la première heure par le service d’alerte, chassés de leurs foyers par les explosions de destructions et par l’approche de l’ennemi, signalé par le passage des avions avant-coureurs, ils se sont mis en route chargés de paquets où ils ont réuni en hâte les objets indispensables, de valises, de couvertures à pied, à bicyclettes, transformées en véhicules de transport, poussant des voitures d’enfants ou de petites charrettes improvisées avec une caisse montée sur roues. Fatigués par une marche déjà longue, ils vont péniblement, se dirigeant vers la Meuse, qu’ils espèrent pouvoir franchir pour se mettre à l’abri.
Leurs rangs sont grossis par ceux de chez nous que la panique à gagnée et, sur les routes vers Liège, c’est un cortège sans fin, un encombrement sans nom, spectacle lamentablement triste.
Jusqu’où iront ainsi ces malheureux ?

Vers 1000-H, les jeunes gens de 16 à 19 ans, appelés sous les drapeaux par la radio, partent courageusement, par petits groupes.
Le canon gronde au loin ; les plus rapprochés, nous apprendrons à les jours qui vont suivre : c’est l’artillerie de Tancrémont et de Battice qui salue à sa façon les troupes allemandes. Dès le matin, l’Hôtel de Ville s’est dégarni de son personnel administratif, la police a vu ses rangs s’éclaircir. Il ne reste au poste que le bourgmestre M. Defays, le premier échevin M. Burguet, le secrétaire M. Demoulin et quelques employés de l’administration centrale.
Les échevins sont partis : M. Ohn est au Sénat et ne reviendra que plus tard ; MM. Bertholer et Gaspard ont emporté certains documents qui devaient être mis à l’abri ; le nouveau commissaire de police, M. Nelissen, officier de réserve, a été rappelé ; une trentaine d’employés, les quatre cinquièmes du corps de police et de nombreux fontainiers ont quitté la ville, rappelés ou croyant l’être. Ils se sont groupés, et leur départ de la place du Marché, en camions automobiles, à fait sensation. On croyait que toute l’administration communale abandonnait la ville, ce qui n’était pas de nature à donner confiance à la population.

Le commissaire adjoint Denis, le plus ancien en grade, est chargé du commandement et on le verra en uniforme, portant toutes ses décorations d’ancien combattant, même lorsque les Allemands seront là. M. Pirotte, directeur du service d’incendie, est également à son poste. Le Commandant Schutz, chef de la garde civile, est prêt à fonctionner, mais son personnel ne paraît pas avoir très bien compris sa mission. Nous entendons, en effet, des gardes civiles se plaindre de n’avoir pas trouvé de place dans les camions pour s’évacuer au plus tôt. Ils ne se rendaient pas compte que, précisément, ils devaient rester en ville, même si celle-ci était évacuée complètement, pour garder les biens des habitants.

Dans les bureaux, on parle au plus pressé avec la meilleure volonté du monde. Dire que tout va sur des roulettes serait exagéré, mais la machine se met en mouvement et, bien dirigée, elle ne tardera pas à fonctionner convenablement.

On nous dit que les troupes allemandes sont à Eupen, où la population les a accueillies par des démonstrations de sympathie. On nous dit aussi qu’on a vu des soldats ennemis à la Gileppe et à Andrimont. La journée se passe cependant sans que nous en voyons l’ombre à Verviers.
Pour la nuit, des volontaires apporteront leur concours à la police et au service d’incendie.
Une proclamation du Collège échevinal invite la population au calme. Le Bourgmestre, par affiche, annonce qu’il y a lieu de répartir économiquement les stocks de produits de première nécessité.

SAMEDI 11 MAI 1940
La nuit dernière a été marquée par un bombardement intensif. Pendant cinq heures, une partie de la ville – ville qui n’était pas évacuée – a reçu des centaines d’obus que lui envoyait le fort de Tancrémont, on ne sait pourquoi, car pas un soldat allemand n’était en vue ni dans nos rues, ni à leur approche.

Les rues de l’Harmonie, des Artistes, Jardon, Xhavée, Vielle Xhavée, de Rome et des Martyrs dans leur partie supérieure, du Palais depuis les Escaliers de la Paix jusqu’au Palais de Justice, de la Banque, de l’Escalier, de la Colline. Des Ecoles, du Centre dans sa partie inférieure jusqu’au bas de la Chaussée de Heusy, ont été dévastées par une avalanche d’obus.
Sept de nos concitoyens ont été tués dans les rues ou dans leur demeure, et on compte d’assez nombreux blessés.
J’habitais le numéro 39 de la rue des Martyrs, c’est-à-dire dans la ligne de feu. Mon récit est donc vécu.

Appréhendant l’entrée des troupes allemandes au cours de la nuit, je m’étais étendu, tout habillé, sur un lit de repos adossé au mur en face de la loggia d’une pièce située au premier étage. De chaque côté de ce lit, une porte donnant, la première sur le palier, la seconde sur la chambre à coucher. Les volets n’étaient pas descendus, de sorte que, couché, je voyais la rue sombre, l’éclairage public ayant été supprimé. La canonnade et le ronflement des avions m’empêchaient de dormir et je m’attendais à entendre d’un moment à l’autre, les bruits d’une troupe en marche. Les canons de Tancrémont et de Battice grondaient à intervalles réguliers : rououm… boum ! rououm, boum ! mais je pensais qu’il n’y avait, de ce côté, aucun danger pour nous.
02.30-H, un long sifflement… Zuuu… ce bruit me paraît singulier. Il se répète à plusieurs reprises : Zuuuu… Zuuuu… Je le distingue très nettement du grondement de la grosse artillerie et je ressens la pénible impression d’une menace inconnue Zuuuu… Zuuuu… Zuuuu…
Le sifflement qui, jusqu’à ce moment, semblait mourir devant moi, dépasse cette fois ma maison et je perçois derrière, c’est-à-dire du côté de l’église Saint-Joseph, un éclatement. Vivement je me lève et je me rends dans ma chambre à coucher pour me rendre compte. Ma femme, comme moi, n’a pas fermé l’œil et elle a très bien entendu l’explosion. Nous échangeons nos impressions et je me dirige vers la pièce que je venais de quitter pour m’y recoucher.
Il est 03.00-H exactement. Je pénètre dans la chambre par la porte de gauche ; ma fille, descendue en hâte du second étage, ouvre précipitamment la porte de droite en criant :  «Sauvons-nous dans la cave !»
A ce moment précis, elle et moi étions dans la cave, non voûtée, quatre personnes serrées dans un espace de deux mètres carrés à peine, adossés au mur devant l’escalier, dans une obscurité complète.
Le bombardement redoublait… Zuuuu… Zuuuu… Zuuuu… Zuuuu… Wak… wak… wak… Zuuuu… Wak… La maison tremble, les vitres des fenêtres volents en éclats et dégringolent dans la rue avec un fracas effroyable… Zuuuu… Wak… Zuuuu… Wak…
Encore une ! On dirait que les maisons s’écroulent ! Heures angoissantes, dans le noir, dans le froid, avec l’appréhension continuelle de la bombe qui va venir.
Quand donc le jour se lèvera-t-il ?
Voici enfin les premières lueurs, timides encore, au-dessus de l’escalier dont la porte est restée ouverte, mais le bombardement ne ralentit pas, au contraire, le vacarme augmente d’intensité. Il semble cependant se déplacer vers le haut de la rue, c’est-à-dire vers la rue du Palais.
05.00-H, un bruit confus de voix nous parvient entre deux éclatements. Je monte, je patauge dans les débris de verre, j’ouvre la porte et je vois deux pompiers – c’étaient nos amis Vliegen et Michaux, le limonadier du Cercle Catholique, qui descendent la rue en criant : Evacuez les maisons ! Evacuez ! Vous êtes dans la zone de feu !
Rapidement, tout mon monde sort de la cave ; en quelques minutes, on s’habille, on empile dans deux valises quelques provisions et quelques objets indispensables, je saisis mon rutsak, préparé en prévision d’une éventualité de ce genre et, tandis que les obus continuent à siffler et à exploser, nous descendons la rue en hâte, la rue jonchée de débris de verre, sans trop savoir où nous allons ainsi. Au bas de la rue, des voisins nous disent qu’on se réfugie provisoirement à l’abri de l’Institut Saint-Michel.
Place Verte, nous sommes en dehors de la zone de tir, on respire déjà, mieux. L’abri est encombré au moment où nous arrivons. Plusieurs centaines de personnes, venues de diverses rues du centre, y sont accourues dès les premiers coups.
Vers 08.00-H, le bombardement prend fin. On s’aventure à sortir et chacun s’empresse d’aller constater l’état de sa maison.
Chez moi, une surprise m’attendait. Des vitres de mes fenêtres, il ne restait pas grand’chose. Les glaces de la loggia paraissaient intactes de l’extérieur. Le vestibule était jonché de débris de verre au point que la porte en était coincée ; la chambre du premier, devant, était pleine de poussières et d’éclats de toutes sortes. Mon lit de repos était couvert de déchets, de briques et de plâtras, de paquets de flocons et de kapok échappés des coussins crevés ; ceux-ci étaient béants, notamment celui qui m’avait servi d’oreiller ; il en était de même du bourrelet et de la boiserie.
Plusieurs éclats d’obus avaient pénétré dans la pièce. Le plus gros, après avoir traversé une des glaces supérieures de la loggia, sans la briser, n’y faisant qu’un trou rond de la grandeur de deux mains et zébrant tout le reste d’un curieux dessin, avait continué sa course en oblique à travers oreillers, coussins, literie, boiserie, pour se loger finalement dans le bas du mur, bourrant de kapok le trou profond qu’il avait creusé et d’où je pu difficilement le retirer. Un second éclat, moins, gros, suivant à peu près la même trajectoire que le premier, mais un peu plus haut, s’était logé dans le mur au-dessus directement de la cimaise. Dans les glaces de la loggia je relevai six trous faits par les éclats d’obus que je trouvai dans les murs, dans les couvertures et un tout petit dans le col de mon veston. Ma fille avait été atteinte à la joue droite, au cou et au bras par de minuscules éclats.
Le bilan de cette nuit tragique était sanglant : le Docteur Delrez, médecin en chef de la Croix-Rouge, rentrant chez lui à 05.00-H du matin, après s’être dévoué au service de tous pendant toute la nuit, sans repos, fut frappé par un obus au coin des rues de la Colline et des Ecoles, et déchiqueté. Le Docteur Gilson, qui venait de le ramener en voiture, vit la mort de près. Il y eut six autres personnes tuées, deux rue du Palais, deux rue Xhavée, une rue David et une Chaussée de Heusy. Plusieurs furent blessées, notamment M. W. Zurstrassen, dans sa propriété de la rue Vieille Xhavée, arrosée d’obus, et qui ne dut son salut qu’aux soins dévoués dont il fut l’objet.

Voici la liste officielle des décès qui furent déclarés à l’Etat-Civil. Elle comprend un huitième Verviétois, tué à Pepinstère :

  • DELREZ Hubert Lambert Joseph, docteur en médecine, âgé de 38 ans, né à Verviers le 2 octobre 1901, époux de Thomé Lucie Elisabeth Catherine, domicilié à Verviers, rue des Ecoles, 23, décédé le 11 mai ;
  • LENS Léonie Louise Henriette, sans profession, âgée de 50 ans, née à Verviers le 18 juillet 1889, épouse de Dupuis Germain Sylvain René, domicilié à Verviers, rue David, 21, décédée le 11 mai ;
  • HANSON Georges Arthur Marie Wencelas, écolier, âgé de 13 ans, fils de Mathiet François Julien, aide-pharmacien, mobilisé, et de Piron Marcelle, domicilié à Verviers, rue Jos. Mélen, décédé le 11 mai ;
  • GILET Marie Antoinette, institutrice, âgée de 38 ans, née à Verviers le 19 août 1901, épouse de Patureau Georges Laurent Joseph, instituteur, domiciliée à Verviers, rue du Palais, 57, décédée le 11 mai ;
  • BOUQUETTE Jeanne Virginie, sans profession, âgée de 76 ans, née à Verviers le 7 juillet 1863, veuve de Leclercq Octave, domiciliée à Verviers, rue du Palais, 49, décédée le 11 mai ;
  • LERUTH Dieudonné Pierre Joseph, négociant, âgé de 59 ans, domicilié à Verviers, rue Xhavée, 23, époux de Niesette Marie Joséphine, décédé le 11 mai ;
  • LEGRAND Jean Louis François, ouvrier chapelier, 14 ans, blessé à Pepinster d’un éclat d’obus, décédé à la Clinique Avenue Peltzer, le 22 mai, domicilié à Verviers, rue de Hodimont, 283 ;
  • DEWAAY Léon Joseph Etienne, vitrier, 66 ans époux de Troupin Marguerite décédé à Verviers, rue Xhavée, 21.

Le tir dirigé sur Verviers atteignit d’abord la ligne Concorde-Jardon-Xhavée-Rome-des Martyrs (partie supérieure), puis il fut modifié et frappa les rues de la Banque, du Palais, depuis les Escaliers de la Paix, les rues de la Colline et des Ecoles, la rue du Centre, principalement les maisons de la partie droite en montant et le bas de la Chaussées de Heusy.
Les dégâts furent importants. En plus de milliers de vitres réduites en miettes, des rideaux et des stores déchirés, des volets brisés, les obus causèrent de nombreux dommages aux immeubles :

  • rue de la Concorde et rue de l’Harmonie,
    vitres brisées ;

  • rue du Jardon,
    un trou béant au second étage de l’immeuble Lekeu frères ;
    la façade d’une maison en face du théâtre éventrée ;
    la balustrade en pierres blanches du théâtre en partie démolie ;

  • rue Xhavée, en particulier, le mur de l’école d’apprentissage écroulé ;
    une façade crevée en face ;
    une bombe au Conservatoire ;
  • rue Vieille Xhavée,
    en particulier chez Zurstrassen, de nombreuses traces d’engins qui ont explosé ;

  • rue de Rome,
    au Collège des Jésuites, c’est une véritable dévastation : 17 obus, plus une vitre entière, des vitraux brisés à l’église, les toits défoncés en plusieurs endroits, un mur ouvert du côté jardin, à l’intérieur dans les couloirs, dans la cage d’escalier et dans les chambres, une centaine de trous d’obus de grandeurs diverses – les Pères s’étaient réfugiés dans les caves à la première alerte et aucun ne fut atteint ;
    en face du Collège, chez Burguet, un obus a frappé en plein la façade et est allé dévaster l’intérieur, et c’est miracle que les habitants n’aient pas été touchés ;
    un autre a fait un grand trou dans la façade de la maison occupée par M. Chamont, à hauteur du second étage ;

  • les annexes de plusieurs maisons de la rue des Martyrs, côté droit, sont éventrées, des pans de murs sont renversés ;
    la crête du toit du numéro 4 (en face de ma demeure), emportée ;

  • rue de la Banque,
    les maisons sont très éprouvées : plus une vitre aux fenêtres ni dans les verrières des garages, les façades sont criblées de trous faits par les éclats d’obus, deux arbres sont coupés, une partie du mur de clôture du chemin de fer est renversée, des marches de l’escalier conduisant à la passerelle sont brisées ;

  • rue du Palais, c’est pis encore : les maisons longeant la voie ferrée sont atteintes devant et derrière, des parties de toitures sont enlevées, des trous sont béants dans les pignons, les murs et les clôtures, des fenêtres, des portes sont arrachées, des consoles en pierre de taille de balcons ont été brisées comme verre, la moitié du rez-de-chaussée de la maison où Mme Leclercq a trouvé la mort est écroulée ;
  • rue de l’Escalier, le pignon de la maison Walraven est enfoncé dans sa partie supérieure ;
  • au carrefour et rue de la Colline, des pavés ont été arrachés et, sur des rails du tram, on remarque la trace des obus ;
  • même spectacle rue des Ecoles et rue du Centre, où les maisons ont été atteintes devant et derrière, parfois de façon très sérieuse ;
  • rue des Ecoles, une façade est démolies, des volets et des fenêtres sont arrachés.

Cette énumération n’est pas un relevé officiel de l’Etat des lieux, mais un simple aperçu d’après nos constatations au cours d’une promenade, le lendemain de la catastrophe.
Toutes les maisons atteintes étaient habitées ; il n’y eut pas un seul soldat ennemi à l’horizon pendant toute la durée du bombardement, c’est-à-dire pendant plus de cinq heures. Ce fut providentiel qu’on n’eut pas à déplorer plus de victimes, et on pouvait se demander ce qui avait déterminé cet arrosage tragique.
A qui en remonte la responsabilité ? Nous ne le saurons probablement jamais.

LA PANIQUE
A la suite de cette nuit tragique, la panique s’accentua et l’exode de la population prit de plus grandes proportions encore que la veille. La conséquence en fut que beaucoup de personnes eurent les nerfs ébranlés et le moral atteint. Dès le matin, des fugitifs se mettent en route et, l’après-midi, même assez tard, on en voyait encore qui prenaient le chemin de l’exil. Beaucoup, cependant, ne devaient pas aller loin. Les ponts de la Meuse avaient sauté et le passage du fleuve en barque était dangereux.
Dès qu’il put se rendre compte de l’importance et de la gravité des événements de la nuit et de la matinée, et constatant l’abandon complet dans lequel les autorités responsables nous avaient laissés, le bourgmestre réussit à envoyer un courrier spécial à Liège et y déposer ce télégramme, rédigé par M. Burguet :

A M. le Premier Ministre, à Bruxelles.

Situation Verviers catastrophique. Sommes isolés et sans ordre depuis vingt-quatre heures. Encerclés par bombardements. Nombreux morts. Personnel police, pompiers et défense passive presque nul. Population en fièvre exige évacuation. Impossible de ravitailler plus de deux jours. Finances critiques. Impossible payer rémunération militaire et autres. Attendons ordre de suite et organisation départ population. Réponse retour. Courrier spécial attend bureau télégraphique centre Liège.

(s.) Bourgmestre de Verviers.

Est-il nécessaire d’ajouter que ce télégramme n’a jamais obtenu de réponse. Il fut cependant bien déposé et il n’y a aucune raison de croire qu’il n’arriva pas à destination.
Une affiche communale recommande qu’il soit fait un usage modéré du gaz, de la conduite d’amenée de Liège ayant été rompue par des obus aux environs de Pepinster et la réserve au gazomètre n’étant pas conséquente.

DIMANCHE 22 MAI 1940
Les abris ont été occupés toute la nuit.
Au milieu de ceci, la lumière a disparu subitement : panne d’électricité, croit-on d’abord, rupture de câbles, apprend-on ensuite. On supplée au manque d’éclairage en allumant des bougies et des lampes de poche. A l’abri Saint-Michel, le bruit de la canonnade n’arrive à nos oreilles que très faiblement, et le sommeil de ceux qui savent dormir dans les positions les plus inconfortables n’est pas troublé, si ce n’est par des ronflements sonores de dormeurs musicaux.

Le service de secours n’existant pas à cet abri, ma fille, Marhe Bronckart, ambulancière de la Croix-Rouge, de sa propre initiative, avait pris, dès le samedi matin, la charge de l’organiser et de parer au plus pressé, avec le concours d’une ambulancière du même service, Mme Goeders. Sous le bombardement, très courageusement, le Frère Joseph s’était rendu au poste central de la Croix-Rouge, rue Peltzer de Clermont, d’où il avait apporté une boîte de secours.
La seconde nuit, Mme Brack et Mlle Dethier apportent leur aide aux deux premières ambulancières, ainsi que M. Demoulin, aide-pharmacien de son homonyme, de la rue du collège. Mais il y a trop à faire et, à défauts de médecins, il faudrait des infirmières pour les suppléer. A l’aube, Mlle Bronckart, conduite par une auto de la police, se rend à la Clinique de l’Avenue Peltzer, où elle sait trouver les services de la Croix-Rouge et où on lui promet le concours de deux infirmières pour le soir.

A 0600-H du matin, le RP Laurent, recteur du Collège Saint François-Xavier, célèbre la messe dans la chapelle de l’Institut Saint-Michel et prononce un petit sermon très réconfortant.
On trouve, parmi les décombres de son habitation, rue du Palais, le cadavre de Mme Leclercq.

LES PREMIERS ALLEMANDS
A l’hôtel de ville, trois soldats allemands, les premiers que l’on voit, viennent réclamer le dépôt des armes à feu. Par ordonnance du bourgmestre, les boulangers ne peuvent plus cuire que du pain, et la ration en est fixée à 500gr. par jour. Par suite de la rupture des câbles électriques, les boulangers doivent en revenir à l’ancien système et faire leur pâte à la main.
Vers 1300-H, on regagne les abris qu’on avait quitté dans la matinée pour rentrer chez soi. Les deux infirmières diplômées promises par la Croix-Rouge, Mlles Orquevaux, renforcent le service de secours à Saint-Michel.

LUNDI 13 MAI 1940
La nuit a été calme. A l’abri Saint-Michel – si je m’occupe spécialement de celui-là c’est parce que j’y ai passé plusieurs nuits – des lampes-tempête ont été apportées. Le service de santé a encore fort à faire toute la nuit. Il était temps d’avoir du renfort : ma fille, une des infirmières bénévoles de service depuis la nuit du vendredi au samedi, succombe aux effets de la fatigue et des émotions violentes qu’elle a ressenties lors du bombardement, tombe en syncope à midi, chez moi. Elle passera la nuit suivante à Saint-Michel, dans un petit salon mis à la disposition des infirmières par le bon Frère Joseph, qui n’a cessé de se multiplier pour aider et encourager ses nombreux pensionnaires d’occasion.
Par suite du manque d’électricité, le frigorifère de l’abattoir a dû être vidé de la réserve de viande qu’il contenait.

MARDI 14 MAI 1940
A 0500-H du matin, sur les conseils de l’infirmière, je me mets à la recherche d’un médecin pour examiner ma fille, très faible, et qu’elle juge de devoir être transportée au Sanatorium.
Un médecin, c’est facile à demander, beaucoup plus difficile à trouver, le corps médical ayant presque complètement disparu, faisant preuve d’un magnifique courage civique. Il ne reste, à Verviers, qu’une dizaine de médecins, dont deux femmes. On a même eu à déplorer la fuite de certain chef de poste de la Croix-Rouge, parti dare-dare, abandonnant sont poste de confiance sans prévenir personne.

Le Docteur Buyck est heureusement chez lui et répond immédiatement à mon appel. Après avoir examiné la malade, il la transporte, dans sa voiture, au Sanatorium Sainte-Elisabeth, où elle trouvera le repos et les soins dont elle a besoin. Ma femme et moi, qui ne tenons pas spécialement à rentrer chez nous, dans notre maison saccagée, nous sommes très aimablement accueillis, en qualité de «réfugiés» chez Mlles Sternotte, à Heusy, où nous trouverons une atmosphère plus reposante.
Le service d’enlèvement des immondices, qui avait été interrompu, est rétabli. Un règlement d’ordre intérieur est arrêté pour les abris : plus de chiens, plus de fumée de tabac, etc. mécontentement des propriétaires de chiens, qui manifestent leur réprobation en s’abstenant de se présenter dans les abris.
A l’hôtel de ville, affluence considérable. Des jeunes filles du corps enseignant remplacent les employés absents et font face aux demandes de renseignements les plus diverses. De nombreuses personnes viennent offrir leurs services et sont inscrites sur des fiches.

MERCREDI 15 MAI 1940
On apprend que, à Grand Rechain, deux enfants de M. et Mme Delecloz-Renson ont été tués par un obus et que, à Dison, la nuit du 10 au 11 mai, quatre personnes ont été tuées rue Saint-Jean, où les effets du bombardement se constatent sur plusieurs maisons.
L’Administration communale, avec le concours de l’Assistance publique, entreprend l’organisation des secours aux pauvres assistés en temps normal et aux nécessiteux par la suite de la guerre, aux chômeurs et aux réfugiés qui peuvent nous arriver d’autres localités.
Une commission spéciale est constituée sous la présidence du président de l’Assistance publique pour l’organisation des secours extraordinaires. Les réfugiés qui viennent d’autres communes se feront inscrire et seront secourus dans un bureau installé dans une dépendance de l’orphelinat des filles, rue du Collège ; les chômeurs et les nécessiteux de la guerre devront s’adresser au bureau installé à la Maison Syndicale, rue du Gymnase.

Notre ami Burguet veille à l’organisation du ravitaillement, qui n’est pas sans difficultés. Les farines sont recueillies dans toutes les boulangeries, rassemblées et ensuite réparties entre chacune d’elles, par les soins de l’administration communale. Les magasins, qui étaient presque tous fermés, ouvrent. Ils pourront se réapprovisionner chez les grossistes sur présentation des feuilles couvertes de timbres reçus de leurs clients en échange de marchandises achetées.

Un militaire allemand se présente à l’hôtel de ville pour obtenir les clefs de la grande Poste, qu’on ne peut lui fournir, celles-ci n’étant pas en possession de l’administration communale. D’autre réclament des renseignements divers, réquisitionnent, donnent des instructions.
L’hôtel des Postes est déjà occupé depuis plusieurs jours et on y travaille, paraît-il, à réparer les appareils et les installations détruits par le personnel avant son départ.
Le Conseil communal se réunit et décide, entre autres, de créer une monnaie d’échange pour suppléer au manque d’argent : coupure de 5, 10, 20, 50 et 100 Fr. Etaient présents :

  • Defays
  • Burguet
  • Tyberghein
  • Deprez
  • Stenheuse
  • Lambert
  • Boland
  • Tourneur
  • Servais
  • Vliegen
  • Tesson
  • Nizet

Des dispositions sont prises par l’autorité communale pour saisir dans les magasins et les maisons particulières abandonnées par leurs occupants les denrées périssables. Dans certains magasins, la vente a lieu directement sur place ; ailleurs, les marchandises sont enlevées, groupées et transportées dans d’autres établissements, où elles sont offertes au public.

Voici, à titre documentaire, le texte de l’EXPOSE DE LA SITUATION
Fait par M. le bourgmestre au cours de la séance du Conseil communal du 13 mai 1940 :

Mesdames et Messieurs.
Vendredi 10 mai, à 0215-H, une estafette militaire se présentait à l’hôtel de ville pour informer l’administration communale du danger imminent de l’invasion de notre territoire vers l’Est et nous ordonnait de procéder immédiatement à l’évacuation de la population située près des destructions de la ligne de chemin de fer de Battice (Pétaheid).

Quelques heures plus tard, la cruelle réalité succédait à l’appréhension. C’était la guerre ! La mobilisation générale était prévue et, avec elle, toutes les multiples mesures d’exécution prévues en pareils cas. Notre population fut vraiment admirable de courage en présence de la situation nouvelle, et l’élan patriotique de tous nos soldats rappelés jusqu’à 45 ans, édifiait tous ceux qui assistaient à leur départ.

Qu’il me soit permis ici de m’arrêter quelques instants pour exprimer à notre vaillante armée et à son chef suprême, S. M. le roi Léopold, les sentiments d’admiration et de profond attachement dans ces heures cruelles que traverse la patrie.

Le Collège échevinal, au complet, à l’exception de M. Ohn, sénateur, retenu à Bruxelles par ses fonctions, se réunit d’urgence pour prendre toutes les mesures nécessaires.

Tout d’abord une affiche rédigée fit appel au calme de la population. Nous avons fait payer les salaires au personnel mobilisé. Nous avons fait appliquer les instructions qui nous sont parvenues du gouvernement, relatives aux étrangers, à l’occultation des lumières, aux espions, etc.

La mobilisation ayant réduit les effectifs communaux dans la proportion de 70%, a mis l’administration dans une situation inextricable et l’a obligée à réclamer le concours sans limite des membres du personnel restant et l’aide des services d’instruction publique et autres dont l’activité était devenue impossible. Le gouvernement lui-même avait pris la décision de fermer les établissements scolaires. Nous avons reconstitué la garde civile en ralliant les éléments non rappelés, auxquels nous avons adjoint les offres de services qui nous étaient offertes. Nous avons divisé les équipes pour assurer la surveillance des abris, l’occultation des lumières, les réquisitions, les mesures de ravitaillement, dont nous parlerons plus longtemps ci-après, et beaucoup d’autres qu’il serait oiseux d’énumérer.

La nuit du vendredi au samedi, les mesures prises pour la sécurité des populations depuis quelques mois et qui furent si souvent critiquées et peu appréciées, trouvèrent leur utilisation, car à partir de 0200-H, un bombardement intensif soumit la ville à une rude épreuve. La Défense de Liège, procédant à la destruction de la ligne de chemin de fer, atteignit malheureusement les rues avoisinantes, notamment les rues du Palais, des Ecoles, de la Banque, faisant six victimes et une quinzaine de blessés, nous obligeait à déplorer la mort du médecin en chef de la Croix-Rouge, M. le Docteur Delrez, qui s’était employé depuis de nombreuses semaines à mettre sur pied l’organisation complète du service de la Croix-Rouge. Nous présentons à la famille éplorée, de la part de l’administration communale tout entière, avec les condoléances les plus émues, l’expression de la plus vive reconnaissance de la population verviétoise.

En quelques heures, le développement des opérations fit apparaître une situation extrêmement grave, celle de l’isolement complet de notre région, du restant du pays. Tous les genres de communications furent coupés : téléphone, télégraphe, routes, postes émetteurs de TSF, etc.

Posant le grand problème du ravitaillement, l’autorité supérieure, malgré nos instances réitérées, malgré même nos visites en haut lieu, n’avait pas pris de décisions définitives. Les statistiques que nous avions dressées quelques dix jours avant les événements, démontraient que nos commerçants n’avaient constitué de stock de marchandises alimentaires que pour trois ou quatre jours, mais l’exode d’un contingent assez important de nos habitants, nous donnait une certaine marge favorable.

Le Collège, conscient de sa responsabilité, en présence d’une situation qu’il avait essayé d’éviter, prit immédiatement les dispositions qui s’imposaient. Nous avons provoqué, sans délais, une réunion du comité facultatif du ravitaillement qui, à 1500-H, arrêtait un programme réglant les modalités du ravitaillement des produits de première nécessité, afin de retarder le plus possible le moment où l’absence de vivres pourrait se faire sentir. Auparavant, le Collège, en séance spéciale, avait dès 0010-H, décidé d’adresser au Premier Ministre un télégramme qui fut confié à deux courriers issus de notre personnel policier, qui devaient atteindre Liège à tout prix. Ce télégramme est rédigé comme suit :

(Suit le texte du télégramme déjà transcrit plus haut).
La réponse, urgente, est toujours à venir.

L’exode de nos populations qui, jusqu’alors, s’était manifesté à un rythme régulier, s’accéléra, les commerçants eux-mêmes désertèrent et ceux qui restaient cessèrent leur activité. C’est pour mettre fin à cet état de choses, qui menaçait de tourner à la catastrophe, que nous avons réuni les bourgmestres de l’agglomération verviétoise pour unifier le ravitaillement dans toutes les communes. Deux séances, l’une à 1700-H, l’autre à 1900-H, suffirent pour l’adoption du plan définitif. Afin de ne pas perdre de temps, une affiche fut rédigée séance tenante et imprimée aussitôt. Elle prévoyait les rations journalières et décrétait l’utilisation des timbres de ravitaillement. Dès le samedi matin elle était placardée partout en ville et dans les communes voisines.

L’état désertique des rues de la cité, provoqué par la peur, ne permit pas aux habitants de prendre connaissances des décisions nouvelles. Nous nous sommes alors trouvés dans la nécessité d’agir énergiquement, par voie d’ordonnance du bourgmestre.

En voici le résumé :

  • 1. Ouverture de tous les magasins et officines de pharmaciens ;
  • 2. Mise au travail immédiat de tous les boulangers ;
  • 3. Réquisition de farines, de pommes de terre, viandes, etc. ;
  • 4. Enlèvement des marchandises dans tous les magasins abandonnés ;
  • 5. Constitution des équipes nouvelles de la garde civile qui doivent procéder aux opérations ;
  • 6. Consignations des camions et carburants.

Une panne, provoquée par la rupture des lignes à haute tension du réseau électrique, nous a obligés à intervenir sans délai pour assurer le fonctionnement de l’éclairage et des pétrins mécaniques. Dès le dimanche matin, M. De Tiège, ingénieur-directeur de la Société d’Electricité, s’était mis en route pour obtenir l’autorisation de franchir les lignes militaires. Non sans de grandes difficultés, nos délégués ont pu se rendre à Malmedy pour établir le contact avec la compagnie d’électricité SARMA. C’était la seule société, suivant l’avis de M. De Tiège, qui pouvait prendre en charge le réseau verviétois.

Un autre problème de la même importance était celui de la distribution d’eau de la Gileppe. Les deux barragistes ayant dû abandonner leurs fonctions par suite de la mobilisation. M. Modeste Manguette, ancien chef de service pensionné, s’est spontanément offert à traverser la région occupée par les troupes pour atteindre nos installations et y effectuer les manœuvres nécessaires. Parti en auto avec le fontainier Bajard et l’inspecteur de police Péters, il a mené sa mission à bien et a pu obtenir les autorisations du commandant allemand du district.

Par suite de la rentrée sous les armes de Messieurs les échevins Gaspard et Bertholet, et de l’absence de M. Ohn, retenu à Bruxelles, le Collège ne se trouvait plus en nombre pour délibérer. De plus, la besogne écrasante exigeait la présence des autorités d’une manière permanente. C’est pourquoi, conformément à l’article 107 de la loi communale, nous avons appelé les deux conseillers placés en tête de la liste de préséance pour remplir les fonctions intermédiaires. MM. Tyberghien et Deprez ont été ainsi appelés à prêter serment. Le premier prend la direction des finances, le second, celui de l’Etat-Civil.

De multiples réorganisations de services dont l’énumération serait trop longue ont été résolues.
Dès que l’occasion se présentera, nous nous ferons un plaisir de vous signaler les résultats de notre activité.
Voilà, Mesdames et Messieurs, rapidement brossé le tableau du service de nos trois premières journées de guerre. Vous pouvez constater que, s’il y a quelques lacunes à regretter, il n’y a pas de notre faute, le temps dont nous avons disposé ayant été utilisé avec un maximum d’initiatives indispensables et avec le souci de répondre à tous les besoins issus inopinément du conflit qui s’est étendu à notre pays. Nous continuerons avec conscience à faire face à toute éventualité avec la pensée de nous consacrer uniquement à nos administrés, victimes innocentes d’une guerre que nous n’avons pas voulue.

DANS UN ABRI
En théorie, l’abri ne devait être utilisé qu’en cas d’alerte et pour la durée de celle-ci. Les sirènes devaient nous avertir qu’il était temps de quitter sa maison au plus vite et de gagner l’abri le plus proche pour y attendre le signal de fin d’alerte. La ville en avait fait aménager dans tous les quartiers.
Dans la pratique, les sirènes ne fonctionnèrent pas, le sifflement des obus suffit pour que la population courut se mettre en sécurité dans l’abri le plus rapproché, qui devint un véritable asile de jour et de nuit ou, mieux encore, un campement sous toit.

L’abri Saint-Michel, dont je puis parler pour y avoir passé plusieurs nuits et plusieurs jours, était peut-être l’un des plus confortables, mais aussi l’un des plus pittoresques. Il était installé dans les deux salles de récréation du Cercle, en sous-sol des bâtiments à droite de la cour ; on y disposait de longues tables, de banquettes de chaises, mais il ne fallut pas longtemps pour ce mobilier se complétât. Chaque nuit, il s’augmentait de quelques pièces nouvelles : fauteuil en osier, fauteuils club, transatlantiques, lits de camp, voiture d’enfants, paillasse, etc.
La nuit du bombardement, on y était arrivé en groupe des rues et des places du centre ville ; à l’aube, il était comble, plusieurs centaines de personnes s’y pressaient. Ceux qui étaient déjà installés dévisageaient avec curiosité les nouveaux arrivants comme des phénomènes et, ceux qui arrivaient, après s’être un peu habitués à la demi-obscurité régnant dans la place, regardaient autour d’eux l’assemblée hétéroclite réunie en cet endroit par un malheur commun. Il y avait là de tout, des commerçants ayant pignon sur rue, de loqueteux, de riches bourgeois, de braves ouvriers, des rentiers cossus, des Italiens genre crème à la glace, de modestes employés et des directeurs d’usine, sans compter les fonctionnaires et les personnes appartenant à des professions libérales. Les quelques Frères restés à l’établissement – les autres ayant rejoint l’armée – faisaient de leur mieux pour réconforter les plus accablés, secondés par le RP Laurent, recteur du Collège Saint François-Xavier.

Les espaces étroits laissés entre les banquettes étaient encombrés de paquets, de couvertures, de boîtes, de valises et même… de chiens de forte taille.
Des femmes tombaient en syncope, des enfants pleuraient, des vieillards gémissaient ; il eût fallu un médecin, une infirmière au moins, mais le service de secours n’était pas organiser. Deux ambulancières, réfugiées comme les autres, purent heureusement donner les soins élémentaires aux malades et on alla pendant plus de quarante-huit heures avec ces moyens de fortune, ainsi que nous le constatons dans un autre paragraphe de ce journal.
Le dimanche, après la messe matinale, célébrée par le RP Laurent, la plus part des «abrités» étaient rentrés chez eux, mais quelques-uns s’installèrent à demeure, se trouvant bien où ils étaient.
Toutefois, les âmes restent inquiètes et, dès l’après-midi, l’abri se repeuple ; des familles entières, chargées de couvertures, de sièges et de panier de nourriture se dirigent vers l’Institut Saint-Michel.

Ce ne sont plus, comme la nuit et le matin du bombardement, des arrivées hâtives et éperdues. Chacun vient, bien à l’aise, cherche dans sa selle l’endroit qui lui convient le mieux et y installe son matériel de couchage pour la nuit, réservant les tables pour les victuailles et les repas.
Dans la cour, des groupes se forment, on sympathise avec des personnes qu’on n’a jamais vues, les conversations s’engagent. Les hommes sont tous de corvées pour disposer les sacs de sable devant les ouvertures dissimulant les fenêtres. Le soir vient et chacun va reprendre sa place. C’est l’heure du souper. Des sacs et des valises sortent les provisions de bouche. Les Frères ont mis leur cuisine à la disposition des réfugiés. L’eau bout sur le feu ; ceux qui ont pris la précaution d’apporter une cafetière vont en verser sur le café qu’ils ont préparé et ils partagent fraternellement avec ceux qui n’ont pas été aussi prévoyants. Demain, ceux-ci rendront la pareille. On se passe un bout de chocolat, une friandise. On vient en aide à une pauvre famille dépourvue de tout.
Si l’atmosphère morale est réconfortante, il n’en est pas de même de l’atmosphère proprement dite : l’air devient bientôt irrespirable et il faut inviter les fumeurs à s’abstenir, la température extérieure ne permettant pas, pour la nuit, d’ouvrir trop de fenêtres pour aérer.

L’heure s’avance. Il faut essayer de dormir un peu. Étendus sur les transatlantiques, sur des bancs, ou tout simplement à même le sol, appuyé contre un mur ou contre un pilier, assis sur une chaise ou la tête posée sur les bras repliés sur la table, enveloppé dans les plis d’une couverture, chacun cherche à trouver un peu de sommeil, mais à peine s’engourdit-on un peu qu’un enfant se met à pleurer ou un chien à grogner, quand ce n’est pas le trombone d’un ronfleur qui trouble le silence. La nuit se passe ainsi à chercher le repos, à se retourner dans tous les sens, jusqu’au moment où, au petit matin, on se «lèvera» pour, en suivant des rues lamentablement désertes, rentrer chez soi et s’étendre pendant quelques heures sur son lit. Et, le soir venu, on retournera à l’abri.
L’ordonnance de police a éloigné les chiens et il est défendu de fumer. C’est déjà un progrès.

Certains, avons-nous dit, s’étaient installés à demeure dans l’abri et y passaient toute la journée, sans sortir. Dans un coin, une misérable famille de tuberculeux, le père, la mère, deux petits enfants et un troisième en espérance, apitoyait toute la chambrée et recevait de ceux qui pouvaient donner : tartines, chocolat, boisson chaude. Ces pauvres gens, qu’on voulait placer dans un établissement spécial, dans leur intérêt et pour l’hygiène générale, ne voulurent jamais accepter de partir. Au beau milieu de la salle, on avait dressé un lit sur lequel était étendue une fillette opérée récemment de l’appendicite et que la mère soignait au mieux, le médecin traitant ayant disparu de la circulation. A côté, deux tout petits, dont un au biberon. La m ère allait chauffer le lait à la cuisine et mettait à sécher, sur des cordes qu’elle avait tendues d’un mur à l’autre, les linges mouillés du bébé, sans les avoir passés à l’eau. Aussi dégageaient-ils un agréable parfum que les odorats sensibles appréciaient. Ailleurs, un enfant avait la coqueluche ; il avait des quintes de toux à fendre l’âme à la grande frayeur des parents d’autres enfants qui appréhendaient la contagion.

Que de misères réunies en ce petit espace !

Mais, malgré tout, de vivre ainsi en commun, faisant bon ménage, malgré les différences de rang social et d’éducation, on se sentait réconforté et en sécurité.

A plusieurs reprises, les abrités reçurent la visite de M. le commissaire Denis, qui venait encourager les plus malheureux et leur donner des nouvelles de l’extérieur. M. l’échevin Burguet vint aussi s’assurer si le bon ordre régnait dans l’abri.
Le service sanitaire avait fini par s’organiser, on avait des infirmières et tous les accessoires nécessaires.

Après quelques nuits calmes, le danger étant passé, les «clients» se firent plus rare et il n’y resta plus que quelques joueurs de piquet, qui se trouvaient dans la cour pour y faire une partie en bons camarades.
Merci encore aux Frères de Saint-Michel et en particulier au bon Frère Joseph.

JEUDI 16 MAI 1940
Il n’y a pas encore d’autorité allemande proprement dite installée en ville. Il n’y a eu jusqu’à présent que des prises de contact entre ses représentants et les autorités communales. L’électricité à été rétablie par l’intermédiaire de Malmedy, ainsi qu’on a pu le lire dans le rapport de M. le bourgmestre au conseil communal.

Quelques réfugiés arrivent des communes de l’Est et des «évacués» rentrent.
Visite à Juslenville, village abandonné par sa population depuis les premières heures du 10 mai. Le temps est superbe et très chaud. Aux environs de la petite gare de Juslenville, beaucoup de maison ont souffert lors de la destruction du pont et par suite du bombardement par le fort de Tancrémont.

VENDREDI 17 MAI 1940
Beau temps.
Rencontre de M. l’abbé Gilson, curé de Pepinster, qui vient au bureau du commissariat d’arrondissement pour le ravitaillement de sa commune, le bourgmestre, M. Fikenne, ayant déserté son poste avec toute son administration, abandonnant 150 vieillards et invalides de l’hospice sans se préoccuper de leur sort. Le brave curé a dû aviser à tout. Il l’a fait très opportunément avec le plus grand dévouement.

A Verviers, la ration de pain est fixée à 250 gr. Par personne et par jour. A partir d’aujourd’hui sur ordre de l’occupant, les aiguilles des horloges devront être avancées d’une heure afin de nous mettre à l’heure allemande. Le mark aura cours légal, à un mark pour 10 francs. Il est interdit de prendre à la radio les postes autres que les allemands, en public tout au moins. On rappelle les mesures relatives à l’occultation : telle sont les premières ordonnances allemandes.

SAMEDI 18 MAI 1940
Journée calme.. L’hôtel de ville, très encombré ces derniers jours, se décongestionne un peu. Le Fort de Fléron a été évacué. L’abbé Henrard, de Verviers, qui s’y trouvait, est venu passer quelques heures dans sa famille et est reparti.

Il résulte de vagues renseignements que la tactique des Allemands a consisté, dans notre région, à contourner les forts pour atteindre la Meuse, qu’ils ont franchie, tandis qu’une armée, après avoir traversé le Limbourg hollandais, attaquait le Canal Albert et perçait cette ligne en trois endroits, par suite de circonstances que nous ignorons. Dans le Sud, les Allemands ont forcé sur le Luxembourg et, grâce à leurs forces motorisées, soutenues par une formidable aviation, ont avancé avec une rapidité foudroyante jusqu’à la Meuse, qu’ils ont dépassée entre Namur et Dinant.

Par arrêté du 14 mai, annoncé à la radio, les Cantons d’Eupen-Malmedy-Saint-Vith sont réannexés au Reich. Cet arrêté a été appliqué dès aujourd’hui.

DIMANCHE 19 MAI 1940
Nuit encore animée. Journée calme. Moins de passage d’avion que les jours précédents. L’après-midi, on entend tonner les canons de Battice.

LA KOMMANDANTUR EST INSTALLEE AU PALAIS DE JUSTICE

LUNDI 20 MAI 1940
Nuit bruyante. Les deux forts donnent leurs grosses pièces. Battice continue par intermittence.
Rentrée des classes au Collège Saint François-Xavier.
La kommandantur est installée au rez-de-chaussée du Palais de Justice. Les services judiciaires belges conservent la disposition du premier étage, où on n’aura plus accès que par la petite porte de la rue du Tribunal.

Devant la façade de la Place du Palais, un soldat monte la garde et le drapeau hitlérien est hissé à l’une des fenêtres du premier étage. Les soldats allemands, très friands de chocolat, en font d’abondantes provisions dans tous les magasins et on en rencontre parfois suçant de grosses tablettes à pleine bouche. Le drapeau belge, qui flottait à l’hôtel de ville depuis le jour de la mobilisation, à été enlevé par les soldats allemands, le concierge, M. Péters, qui l’avait placé, s’étant bravement refusé à accomplir cette besogne.

MARDI 21 MAI 1940
Nuit assez calme.
Par ordonnance, on ne peut plus circuler dans les rues de 2100-H à 0500-H ; les enfants des écoles doivent aller s’inscrire jeudi ; on verra ensuite à organiser des cours.
L’école moyenne de filles, l’école Saint-Joseph, chaussée de Heusy, l’Hôtel Saint-Jean, rue Xhavée, et beaucoup de maisons particulières, rue Laoureux, rue de France, etc., dont les habitants sont partis, sont réquisitionnées pour le logement des troupes de officiers occupés à la kommandantur installée au Palais de Justice.

Par lettre adressée à son directeur, chacun des trois journaux locaux reçoit l’ordre, transmis par le bourgmestre au nom de l’autorité allemande, de reparaître.

MERCREDI 22 MAI 1940
La nuit on a entendu deux violentes explosions. Des troupes sont passées. Le matin, Tancrémont tire encore. Battice est silencieux. A Pepinster, un homme et un enfant, passant sur le pont de la Vesdre, sont tués par des obus de Tancrémont. Le soir, des troupes montent en silence vers le Jonckeu.

Voici le texte de la lettre de l’administration communale reçue par les directeurs de journaux :

Le 21 mai 1940
Le collège des Bourgmestres et Echevins à M. le Directeur du Courrier du Soir, Place du Martyr, Verviers

Monsieur le Directeur,

Nous avons l’honneur de vous faire savoir que l’autorité allemande donne l’ordre aux journaux locaux de paraître.
Ils doivent se soumettre à la censure et publier tous les arrêtés de l’autorité occupante et de l’administration communale.
Recevez, Monsieur le Directeur, l’assurance de notre considération distinguée.
PAR ORDONNANCE :
Le Secrétaire, et Echevins, (s.) Demoulin
Les Bourgmestres (s.) Defays

A cette lettre, nous répondons que, faute de personnel ; il nous serait matériellement impossible de paraître. Nous nous réservons de préciser notre attitude si on insiste.
Une affiche annonce que les soldats allemands rentrés ne peuvent obtenir de denrées soumises au ravitaillement sans timbres ou sans bons de réquisition de la Kommandantur, ceci pour mettre fin aux abus dont se rendent coupable, journellement, les troupes de passage.
Un avis prévint les soldats belges rentrés en ville qu’ils ont à se faire inscrire à l’hôtel de ville.

JEUDI 23 MAI 1940
Nuit silencieuse.
L’argent se fait rare et la caisse communale va en être dépourvue, la ville n’ayant pas été autorisée à faire les coupures dont le conseil communal avait décidé l’émission.
La farine est loin d’être abondante ; aussi M. Burguet parti d’urgence à Liège pour aller mettre au point la question de sa fourniture, en même temps que d’autres de même importance. Il y réussit assez bien. On pourra encore se tirer d’affaire.

On apprend que le Fort de Battice à dû se rendre le 22 à 0100-H, une torpille de 800 kgs, jetée à bout portant par un avion, ayant rendu la situation intenable à la garnison. Il y a 21 morts et 11 blessés. Les autres soldats de la garnison ont été emmenés en captivité. Les honneurs leur ont été rendus. M. Boland, de la chocolaterie Saga, dont le fils était au front, s’étant rendu à celui-ci, a pu obtenir ces renseignements du commandant allemand. Il a rapporté la liste des morts et des blessés et a pu ainsi renseigner de nombreuses familles verviétoises très inquiètes sur le sort de leur enfant.

VENDREDI 24 MAI 1940
Rassemblement des autos place du Palais pour le recensement.

SAMEDI 25 MAI 1940
Canonnade toute la nuit. Tancrémont vraisemblablement.
Ronronnement de nombreux avions de passage. Une bombe ou un obus tombes rue aux Laines.
Une ordonnance allemande annonce l’application du code allemand et ses conséquences. Les réfugiés sont tenus de regagner leur lieu d’origine.

DIMANCHE 26 MAI 1940
Nuit calme. Temps lourd. Ville morne.
A 2200-H, violent orage. En Belgique, les Allemands ont continué à avancer. Où sont-ils actuellement ? Au-delà de Bruxelles dit-on.
Dans le Sud, ils ont poussé leur pointe vers la Manche que, grâce à la rapidité de leurs troupes motorisées, ils ont pu atteindre. Il en résulte que notre armée, actuellement en Flandres, serait coupée et isolée du gros des armées alliées.

SECOND BONBARDEMENT DE VERVIERS

LUNDI 27 MAI 1940
Beau temps.
La nuit n’a pas été calme, loin de là. Les habitants de la rue Renkin et de la place de la Victoire ont été surpris au milieu de la nuit par un bombardement qui n’a pas été d’aussi longue durée que celui du 11 mai et dont les conséquences ont été moins tragiques. Il n’en a pas moins provoqué une violente émotion et de sérieux dégâts :

  • plusieurs façades abîmées place de la Victoire, le long de la ligne du vicinal de Spa ;
  • une traînée faite par un obus sur le pavage ;
  • un obus en plein dans une maison, rue du Palais, en bordure de la voie ferrée ;
  • la balustrade du «trou» de la gare endommagée ;
  • un obus sur le Grand Hôtel, où étaient logés des officiers supérieures ;
  • des dégâts aux maisons du bas de la rue Renkin, derrière et devant ;
  • un commencement d’incendie n° 18, courageusement combattu et maîtrisé, sous la mitraille, par le commandant des pompiers, M. Pirotte, et ses volontaires.

Ce nouvel incident fait renaître les craintes des habitants de les rues à proximité de la voie ferrée ; aussi, nombreux sont ceux qui vont chercher asile dehors de leur demeure pour la nuit. Les abris sont occupés et des évacués affluent de Cornesse, de Pepinster et de Theux.

Les motos doivent se rassembler place du Palais pour le recensement.

MARDI 28 MAI 1940
Nuit calme. Beau temps.

LA CAPITULATION
Le matin nous parvient une nouvelle qui cause la consternation et provoque de nombreux commentaires, celle de la reddition de notre armée, qui s’était repliée vers les Flandres en combattant courageusement, malgré la supériorité formidable du matériel motorisé et de l’aviation de l’envahisseur, reddition faites par le Roi, prisonnier avec quelque trois cent mille hommes. L’émotion nous prend à la gorge, notre cœur se serre. C’est profondément ému et consterné qu’on s’aborde dans la rue, se demandant de l’un à l’autre si c’est bien vrai. Ce triste événement est malheureusement confirmé, mais on manque de renseignements sur les causes et les circonstances de cette capitulation qui anéanti tous nos espoirs.

Les appréciations sur la conduite adoptée par le Roi varient de l’un à l’autre, suivant sont tempérament. Nous faisons confiance au Roi jusqu’à plus ample informé et nous conseillons à tous ceux qui nous demandent notre avis de suivre notre exemple, le Roi n’ayant pu prendre une décision aussi grave sans avoir des motifs impérieux.

Faute de fond, les secours distribués sont ramené de 11 fr. pour le chef de famille à 4 fr., et de 4 fr. pour chaque personne à charge, à 3 francs.
Les voitures des tramways sont remises en circulation avec service réduit.

LA QUESTION DES JOURNAUX LOCAUX
UNE ENTREVUE AVEC LES REPRESENTANTS DES AUTORITES ALLEMANDES

A midi et demi, un policier d’occasion vient, de la part du bourgmestre, sur ordre de l’autorité occupante, nous convoquer pour 1400-H, au bureau du journal Le Travail. M. Lamboray, administrateur de la société Le Jour et moi arrivons à l’heure dite au bureau de l’administration de notre confrère de la rue du Gymnase, où se trouve déjà M. Servais, représentant celui-ci. Nous sommes reçus par un jeune sous-officier, à qui j’avais déjà eu à faire quelques jours plus tôt au Courrier du soir, où celui-ci s’était présenté pour visiter nos ateliers.

Il nous tend la main. Je ne vois aucune raison de la refuser, ce geste étant banal et, au moment où nous venons pour traiter une question délicate dont la solution peut avoir de graves conséquences, la diplomatie nous paraissait être de circonstance.
M. Lamboray croit devoir agir autrement. «Monsieur, dit-il, vous êtes Allemand, je suis Belge, nous sommes en guerre, j’ai des enfants au front, vous comprendrez mes scrupules.»
L’Allemand n’insiste pas, il sourit, hausse les épaules et va s’asseoir au bureau en face de M. Servais, à côté de qui nous nous trouvons. Après une pose de quelques instants, le sous-officier nous dit qu’il attend l’arrivée d’un chef qui aura du retard mais que, pour gagner du temps, il va nous exposer le but de la réunion.

L’exposé qu’il nous fait ensuite peu se résumer ainsi :

L’autorité allemande entend rétablir dans le pays toutes les activités et la vie économique. C’est pourquoi elle ordonne que les journaux reparaissent. A Verviers, on peut se borner à n’en imprimer qu’un seul. Celui-ci le serait dans l’imprimerie du Travail. Les matières relatives aux opérations militaires, les communiqués officiels allemands seront fournis par l’autorité occupante, les communiqués de l’administration communale, par l’hôtel de ville. Il faudrait, en outre, de la matière locale. Le tout devra être contrôlé par l’autorité allemande.
Il sera constitué un comité de patronage composé du bourgmestre, d’un délégué de la Chambre de Commerce et d’un représentant de chacun des trois journaux locaux. Ce comité aura la responsabilité de ce qui paraîtra dans le journal aux yeux de la population et de l’autorité occupante.

Une pause.

Je prends la parole et j’interroge : Vous avez terminé, Monsieur ?
Oui, c’est tout.
Il est donc bien entendu que, d’autorité, vous prenez nos titres ?
Oui.
Il est donc bien entendu que, d’autorité aussi, vous occupez cet établissement et que, éventuellement, vous occuperiez celui du Jour ou celui du Courrier du Soir ?
Oui, c’est bien ainsi.
Nous ne pouvons donc que nous incliner, mais Monsieur, il y a une question plus grave que celle-là c’est celle de notre collaboration. C’est pour nous un cas de conscience. Nous ne pouvons vous la donner.
Notre réponse est donc négative, c’est un refus. J’espère que je me suis bien fait comprendre ?
Parfaitement. Mais peut-être lorsque vous aurez vu votre bourgmestre (On vient, en effet, nous prévenir que M. le bourgmestre nous convoquait à 1800-H dans son cabinet, en même temps qu’un délégué de la Chambre de Commerce).
J’interromps :
la presse a toujours été libre en Belgique ; elle a toujours eu son franc parler vis-à-vis des institutions et des autorités tout en les respectant. Nous ne pouvons accepter la censure, et un entretien avec le bourgmestre, que nous verrons par déférence, ne nous feras pas changer d’attitude. Je crois bien, en parlant ainsi, être l’interprète de ces Messieurs. (MM. Lamboray et Servais font signe qu’ils sont d’accord).

Le temps passe et nous attendons celui qui, nous le supposons, doit être le chef.
A 1515-H, une auto s’arrête devant les bureaux, deux militaires en descendent et entrent en coup de vent dans la pièce où nous nous trouvons.
Salutations. M. Lamboray renouvelle sa petite manifestation mais, cette fois, il s’agit d’un officier, qui le prend de travers.
Après s’être adressé à celui qui nous à reçus en premier lieu et qui me semble lui répondre en souriant que M. Lamboray s’est déjà comporté avec lui de la même manière, il s’approche de celui-ci, menaçant.
M. Lamboray sort de sa poche sa carte de visite en lui disant : «je suis administrateur de la société Le Jour».
L’officier lui arracha la carte de la main et, sans même y jeter un coup d’œil, il la déchire en quatre et lui lance les morceaux à la figure, puis d’un geste brusque, il lui enlève la cigarette qu’il avait aux lèvres et la dépose brusquement dans un cendrier. Après quoi, d’un coup de poing, il plaque sur le pupitre une feuille imprimée annonçant la capitulation de l’armée belge, en criant : «Voilà ! Nous sommes ici les maîtres et vous n’avez qu’à obéir !».

Puis, se tournant vers moi et changeant de ton, il me dit : «Et maintenant, Monsieur, nous allons causer». Son collège le met au courant de ce qui à été dit avant son arrivée, le prévient de l’invitation que nous avons reçue de M. le bourgmestre et vraisemblablement de ma déclaration sur l’effet que peut produire sur nous l’entrevue avec notre premier magistrat communal, car il se ravise, prend sa coiffure et nous dit de l’attendre. Il se rend au cabinet du bourgmestre, d’où il revient peu après avec une invitation écrite et signée du bourgmestre. Sans doute avait-il compris que nous refusions de nous rendre à l’invitation parce qu’elle nous avait été transmise de vive voix.

La conversation s’engage, tandis qu’il met la convocation dans sa poche. L’officier me précise à son tour les exigences des autorités, mais ne fait que confirmer ce qui nous a déjà été dit. Nous renouvelons notre déclaration en termes formels, avec calme, mais fermement, sans rien dissimuler de nos sentiments. L’officier insiste. Il cherche à me persuader qu’il est de notre devoir de faire un journal pour éclairer la population. Je tiens bon. Ce serait, lui dis-je, me déconsidérer que d’accepter ; moi seul, ici, suis journaliste. Ces Messieurs qui sont avec moi ne sont que des imprimeurs. Je le vois bien, me répond-il. Et bien, vous devez alors vous rendre compte que ma situation est beaucoup plus délicate que la leur. Parfaitement ; aussi, je vous traite en collègue. Journaliste lui-même, cet officier a-t-il été touché dans sa conscience professionnelle. Le fait est qu’il se comporte vis-à-vis de moi avec correction. La conversation se poursuit jusqu’à 1700-H. Au moment d’en finir, mon interlocuteur me dit, après avoir échangé quelques mots avec son jeune collègue : Monsieur, vous avez été très franc avec nous. Vous êtes honnête. Nous nous reverrons demain et j’espère que vous aurez changé d’avis. Nous nous reverrons probablement demain, lui répondis-je, mais je n’aurai pas changé d’avis.

Au moment où nous allons nous retirer, M. Lamboray déclare à l’officier qu’il n’a pas eu l’intention de l’offenser et qu’il est prêt à s’excuser. L’officier qui, pendant toute la conversation, n’avait pas permis à M. Lamboray d’ouvrir la bouche, se radoucit et lui tend la main : une paix honorable est ainsi conclue. Que n’en est-il de même entre les peuples.

A 1800-H, nous nous retrouvons dans le cabinet de M. le bourgmestre, MM. Lamboray, Servais et moi. M. Demoulin, secrétaire communal, est présent. C’est lui qui expose le but de la réunion.
Je résume ce qui s’est passé l’après-midi au Travail, ajoutant que notre attitude ne changera pas et que notre refus est irrévocable, quoi qu’il puisse en advenir.
M. Léon Duesberg, représentant de la Chambre de Commerce, arrivant quelques instants après, est mis au courant et M. Demoulin ajoute qu’il suppose que l’intervention de la Chambre de Commerce est demandée dans la pensée qu’elle financera l’entreprise. M. Duesberg ne voit pas très bien ce que vient faire dans celle-ci l’organisme qu’il représente et refuse sa participation à un comité de patronage. Quant aux fonds, il n’a pas le droit d’en disposer, mais l’occupant pourra les saisir si tel est son bon plaisir, comme il l’a fait pour les ateliers et le matériel du Travail. Il croit qu’il est préférable de ne pas se hâter pour répondre et qu’on pourrait demander une nouvelle entrevue pour le lendemain.
On est d’accord pour qu’il en soit ainsi.

Une affiche du bourgmestre annonce que l’autorité allemande engage les commerçants à rechercher eux-mêmes les denrées nécessaires au ravitaillement de la population. Des facilités leur sont promises : passeports, même pour la Hollande, etc.
1900-H, pluie d’orage, un vrai déluge.

MERCREDI 29 MAI 1940
Nuit calme, temps couvert.
A 1000-H, le Fort de Tancrémont s’est rendu.
A 1600-H, des prisonniers qui en viennent passent en ville, conduits vers l’Allemagne.
Les habitants des commune de Theux, Pepinster et Cornesse, évacués par ordre de l’autorité allemande en prévision de l’attaque du fort et qui s’étaient, en partie, réfugiés à Verviers, vont pouvoir rentrer chez eux où plusieurs retrouveront leur intérieur bien mal en point.

Le premier numéro du journal local, mis sur pied par la rédaction allemande, secondée de traducteurs, paraît avec, en tête, les trois titres : Courrier du Soir, Jour et Travail et, en deuxième page, un article en petit nègre, signé de nos trois titres annonçant à nos chères lectrices et à nos chers lecteurs que «l’autorité allemande ayant demandé au personnel et les autres de reprendre le travail», «la première de nos préoccupations fut de savoir comment ce journal serait dirigé et de quoi il serait alimenté». L’article omettait d’ajouter que, après avoir reçu communication des instructions de l’autorité allemande, nous nous étions refusés catégoriquement à collaborer en quoi que ce fut au journal censuré ou à le patronner aux yeux de la population. C’était purement et simplement faux.

L’après-midi, m’étant rendu à l’hôtel de ville pour m’enquérir de l’heure de la réunion dont il avait été question la veille dans le cabinet du bourgmestre, j’appris du secrétaire, M. Demoulin, que celle-ci n’avait pas lieu, l’affaire s’étant terminée très simplement : l’officier allemand étant venu s’informer du résultat de notre entrevue avec M. le bourgmestre, M. Demoulin lui avait répondu qu’elle n’avait pas abouti et qu’il y aurait lieu de se réunir à nouveau. L’officier ayant demandé s’il serait possible d’avoir à sa disposition un jeune homme pour faire le reportage et si celui-ci pourrait se présenter dans les bureaux de l’administration communale, chaque jour, pour y recevoir les communiqués de celle-ci, le secrétaire lui répondait affirmativement. Sur ce, l’officier se retira, annonçant qu’il reviendrait après s’être entretenu avec ses camarades et, deux heures plus tard, il apportait sa réponse : il se passerait du comité de patronage et l’affaire pouvait être considérée comme terminée. Nous avions, en somme, gagné la partie.

Mort de M. Jean Matthieu, de la firme l’Union, décédé après une très courte maladie, alors que plusieurs de ses enfants sont partis pour la guerre.

JEUDI 30 MAI 1940
Temps couvert, faible pluie.
Des soldats belges rentrent isolément ou par petits groupes.
Le second numéro du journal local paraît sous le titre Journal de Verviers. Il publie la liste des blessés, aussi l’achète-t-on. Ces blessés sont ceux qui se trouvent dans les hôpitaux de différentes villes. A notre grand étonnement, ce journal indique comme éditeur responsable : M. Servais, le même qui, d’un signe de tête, avait marqué son accord avec nous lorsque nous avions refusé patronage. Il n’engageait que lui-même.
Pendant notre entrevue de la veille, se tirait, à côté de nous, le premier numéro du journal portant nos trois titres et annonçant notre participation. M. Servais devait le savoir. Il ne nous en averti pas !

La reddition de l’armée de Flandres par le Roi fait l’objet de toutes les conversations et donne lieu à des commentaires varié. Les gens sages estiment qu’avant de juger, il faut être en possession de tous les éléments d’appréciation qui nous manquent, que le Roi, ainsi que nous en avions nous-mêmes exprimés l’avis dès le premier jour, ne peut avoir posé cet acte que parce que les circonstances le lui imposaient et après mûres réflexions.

Les violentes attaques dont le Roi est l’objet de la part des Français, et de Raynaud en particulier, les discours prononcés en France, à la radio, par le Premier ministre M. Pierlot, par les présidents de la Chambre et du Sénat, MM. Van Cauwelaert et Gillon, bien au chaud dans les meilleurs hôtels au-delà de la frontière, pendant que nos troupes, le Roi en tête, se faisaient mitrailler et hacher sur les routes de notre pays par les terribles machines de l’air ennemies et se voyaient acculées à la mer, nos Alliés étant repassés à l’arrière pour s évacuer, ces attaques et ces discours provoquent ici une formidable réaction en faveur du Roi et contre leurs auteurs.

VENDREDI 31 MAI 1940
Nuit calme, temps couvert, éclaircies.
Des soldats sont encore revenus. Il se colporte des nouvelles qu’ils ont rapportées de l’un ou l’autre de leurs compagnons, blessés, prisonniers ou tués, mais qu’il convient de n’accueillir qu’avec réserves.

Au bureau du Courrier du Soir, où je passe tous les jours, je reçois la visite de l’officier allemand à qui j’ai eu à faire lors de notre réunion au local du Travail. Il désire visiter notre établissement, ce qu’il fait très correctement, sous ma conduite. Un détail l’intriguait à son arrivée. La femme d’ouvrage qui nettoyait les bureaux lorsqu’il s’était présenté le matin, lui avait dit que, au cas où elle n’aurait pu me prévenir, il trouverait peut-être, au bureau de rédaction, un prêtre qui venait y travailler. Or, je lui avais garanti, au cours de notre première entrevue, que nous avions cessé toute activité. «Les prêtres, me dit-on font souvent des papiers» ; il entendait par là des journaux clandestins. De plus, l’inscription Association Catholique, sur la porte de notre couloir d’entrée, lui donnait à supposer qu’il y avait dans le local une associations de prêtres… capables sans doute de tramer les plus noirs complots.

Je lui expliquai qu’il s’agissait d’une association politique dont le journal était l’organe, et que le prêtre qui se livrait à un travail mystérieux, n’était autre que le très respectable Père Milcamps, qui occupait ses loisirs de guerre à venir de temps à autre rechercher dans de vieux journaux des sujets de mots croisés, dont il avait la spécialité.

Il sourit, n’insista pas. Après s’être intéressé à l’Agence Verviétoise de Voyages, parce qu’il aurait voulu les plan de villes, il se retira et, comme je le reconduisais, il s’arrêta un instant dans le vestibule. A ce moment, retentit une sonnerie qui paraissait sortir de lui-même et, d’une poche de son gilet, sous sa tunique, il sorti une montre-réveil dont la sonnerie continuait à fonctionner et il me dit : «Ceci, Monsieur, me rappelle que j’ai un autre devoir à remplir». Il remonta son rappel-mémoire, avança les aiguilles et, certains qu’après avoir rempli son prochain devoir, il lui rappellerait à temps le suivant, il me salua et parti en voiture.


Something to Add ?
Photos; Combat Experiences Stories
Documents : use form bellow.



Several photos ? Go to the Upload page (top bar of the site).
Thank you

Allowed jpg, gif, jepg, png, txt, tif, bmp, pdf.

This website uses IntenseDebate comments, but they are not currently loaded because either your browser doesn't support JavaScript, or they didn't load fast enough.

Get Adobe Flash playerPlugin by wpburn.com wordpress themes