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Omaha Beach 6-13 Juin 1944 (1)

Category : EUCMH : Français



Avant-Propos – 2009

Avant de publier sur ce site l’ouvrage des Editions Foxmaster que je dirigeais dans les courant des années 1990-1995 et avant de me séparer de la Société en prenant soins toutefois de conserver le catalogue et les droits, je voudrais attirer l’attention du lecteur d’expression française sur le point suivant : tant Heimdall que Foxmaster et d’autres ont publié bien des ouvrages sur le sujet. A chaque fois, des lecteurs exprimèrent de nombreux commentaires, souvent positifs ou non. Je lance donc ici un appel à ceux qui d’une manière ou d’une autre seraient susceptibles d’apporter à ce travail une quantité d’anecdotes inédites, des images inconnues voir même des récites toujours inconnus à ce jour. Bien que le coût du maintient de mon site en ligne devient de plus en plus difficile à supporter seul j’aimerai faire savoir aux lecteurs, aux historiens et aux passionnées de cette période que la place n’a pas de limite sur Internet. Il ne peut donc être question d’éloigner des photos ou des récits par manque de place comme dans l’édition papier. Aussi, je vous invite tous à ma faire parvenir vos documents et images via émail avec vos désidératas, vos envies, et surtout vos coordonnées afin de pouvoir ajouter vos propos dans le texte que je publie et que j’envisage de renommer – la version corrigée – avec votre aide, vos essais, vos écrits et même vos livres qui trouveront ici la publicité qu’ils méritent.

Gunter G. Gillot Jr – Jalhay – 2009

Chapitre 01 – Opération Neptune

Winston-Churchill-001Deux ans de travail et de préparation ont conduit au débarquement allié en Normandie au matin du 6 juin 1944. Les états-majors anglais et américains ont eu à fignoler chaque détail prévisible et même imprévisible pour une entreprise qui comprendrait les majeures ressources militaires des deux puissances alliées. D’immenses stockages de bateaux, avions et approvisionnements furent rassemblés dans les iles britanniques dans un effort qui pesa lourd sur les industries de guerre des deux pays. Et même avant le Jour J, les forces aériennes alliées effectuèrent pendant plusieurs mois des opérations de bombardement intensifs qui faisaient déjà partie intégrante de l’invasion en elle-même. Les premières décisions furent stratégiques dans le sens le plus large du mot, puisque l’ouverture d’un second front à l’ouest de l’Europe devait être considérée en tenant compte de l’ensemble des plans alliés pour les opérations offensives contre l’Allemagne, aussi bien que pour le développement de la guerre en Russie et contre le Japon. En mai 1943, la conférence anglo-américaine de Washington aboutit à ce stade de planning stratégique; le Premier Ministre Winston Churchill et le Président américain Franklin D. Roosevelt, avec leurs plus hauts conseillers militaires, avaient décidé de lancer une grande offensive contre le Mur de l’Atlantique et les troupes de Hitler, dans le courant de l’année 1944.

Franklin-Delano-Roosevelt-001Après avoir envisagé toutes les possibilités, les stratèges alliés choisirent finalement une partie du littoral français, 80 km de côtes situées à l’ouest de la Normandie entre l’estuaire de la Vire et l’embouchure de l’Orne, comme zone d’assaut pour y établir une tête de pont pour s’enfoncer vers l’intérieur des terres. Cette zone était à proximité de bons ports quasiment intacts, était face au sud et au sud-ouest de l’Angleterre et se trouvait à l’intérieur du rayon d’action des chasseurs, des chasseur-bombardiers et des bombardiers qui décollaient de leurs bases britanniques. Les deux importants ports français, Cherbourg et le Havre, étaient ainsi à portée de frappe et les attaques aériennes sur les principaux noeuds ferroviaires ainsi que sur les ponts enjambant les rivières permettraient d’isoler en partie les régions situées derrière la zone d’assaut, des principaux centres ennemis d’approvisionnement et de renforts venant de l’est.

Par rapport aux côtes au nord-est de la Seine (Pas-de-Calais), le long de la partie la plus étroite de la Manche, la Normandie de l’ouest était en quelque sorte plus éloignée des bases anglaises, mais pas aussi lourdement fortifiée.

Quebec-Conference

Lt-Gen-Frederic-E-MorganA la conférence de Québec en août 1943, les dirigeants alliés approuvèrent le choix de ce terrain de bataille pour l’invasion. Les états-majors des forces terrestres, aériennes et navales en étaient maintenant au second stade du planning de la plus grande opération amphibie de l’histoire militaire. Les difficultés tactiques à envisager n’étaient qu’une partie d’un problème qui exigeait une complète coordination ainsi qu’un travail d’équipe, non seulement entre les forces militaires de deux nations, mais aussi entre toutes les armes de ces forces. La mise au point des plans comprenait obligatoirement la préparation des opérations pour une longue période de temps et avait à couvrir beaucoup plus que la tâche initiale d’assurer des têtes de pont. Sous certains aspects, le facteur critique pour les alliés était la possibilité de renforcer et d’approvisionner l’attaque vite assez pour pouvoir supporter les contre-attaques ennemies et pour préparer une offensive alliée plus grande au-delà de la zone de débarquement. Les bateaux alliés ainsi que les services d’approvisionnement avaient à résoudre des problèmes logistiques dont dépendrait le sort de toute l’entreprise. A ce stade, tandis que les procédures principales étaient établies en détail de plus en plus complexes par les états-majors subalternes, le travail était coordonné par le chef d’état-major général du plan Overlord, le Lt Gen Frederic E. Morgan. Au sein de son organisation, les officiers anglais et américains de tous les services travaillaient côte à côte et s’employaient à donner forme à leur entreprise commune. La fusion des états-majors alliés chargés de la stratégie militaire sous un seul commandement (Allied Combined Staff) impliquait un principe qui fut introduit dans l’organisation de commandement pour l’opération elle-même.

Gen-Dwight-D-Eisenhower-001Le 21 janvier 1944, le Gen Dwight D. Eisenhower, rappelé du théâtre des opérations d’Afrique du Nord, eut son premier meeting avec le commandement allié en Angleterre.
Le 13 février, il prit le commandement officiel du grand quartier général des forces expéditionnaires alliées – SHAEF. A cette époque, les plans d’invasion approchaient du stade final et une date approximative, le 1er mai, fut même fixée. Elle fut repoussée au 31 mai, quelques jours plus tard.
En fait, le délai fut allongé dans le but de favoriser l’obtention d’un plus grand nombre de bateaux d’assaut tout en donnant plus de temps aux opérations aériennes et pour obtenir ainsi l’effet désiré.

Fin février, les états-majors avaient terminé les plans qui déterminaient l’ensemble majeur de l’attaque. Les plans des échelons inférieurs étaient pratiquement terminés eux aussi. Seul demeurait à accomplir le dur travail de soigner les derniers détails, en tenant compte de l’intelligence sans cesse croissante des défenses ennemies et de l’expérience acquise lors des exercices d’entraînement. Les plans définitifs de chargement – ils constituaient les parties les plus complexes de toute l’opération -, furent soumis continuellement à des changements dont l’ultime survint à la mi-mai, la cause principale étant toujours l’incertitude quant au nombre de navires et de bateaux disponibles.
Lt-Gen-John-C-H-LeeLes services d’approvisionnement, commandés par le Lt Gen John C. H. Lee, complétaient leur programme d’organisation d’approvisionnement pour une opération décrite comme un assaut de matériel, conduit par l’homme.
Le planning pour cette partie de l’invasion avait commencé en avril 1942 et en même temps allait de pair le travail de préparation des facilités et de groupement des magasins, travail qui fut interrompu par la nécessité de fournir 50.000 tonnes de fret pour l’invasion de l’Afrique du Nord en novembre 1942 – Opération Torch. Tout semblait cependant évoluer favorablement. Au début du mois de juin 1944, la quantité d’hommes de troupe américains basés en Angleterre s’élevait à quelque 1.526.965, dont la moitié était arrivés en janvier de la même année. Le stockage de matériel pour l’invasion – bien au-dessus des charges de base et d’équipement – s’élevait à 2.500.000 tonnes et, en prévision des attaques, 1.200 camps de rassemblement de troupes et 100 camps de préparation avaient dû être montés et rendus opérationnels. A cela s’ajoutaient encore quelque 144.000 tonnes d’équipement, d’armement et d’approvisionnement qui avaient déjà été chargées sur bateaux dans l’attente du jour J.

Forces Navales & Aériennes

Bertram-H-RamsayLes forces navales alliées de l’opération Neptune, commandées par l’amiral Bertram H. Ramsay, durent faire face à une tâche de première importance. Elles devaient convoyer les forces terrestres aux abords de la zone d’attaque sur un rivage hostile et bien défendu, aider leur débarquement par le support de leurs canons, protéger leurs lignes de communications contre les attaques ennemies en surface et sous l’eau et, enfin, assurer la continuité régulière des livraisons de matériel pour les opérations futures, le tout, pendant une durée indéterminée.
Quelque 4100 bateaux et embarcations de tous types, y compris les grosses unités des flottes de l’US Navy et de la Royal Navy, allaient être utilisés pour l’attaque.
Les forces aériennes alliées, sous le commandement de l’Air Chief Marshal Trafford L. Leigh Mallory, se virent attribuer un rôle complexe dont le caractère était à la fois défensif et offensif. Elles devaient protéger l’énorme convoi d’assaut pendant chacune des phases de son approche de la Normandie et ce, pendant tout le temps que durerait la prise des plages. Elles avaient la mission offensive d’aider l’opération en parachutant des troupes aéroportées, en bombardant les défenses côtières et en attaquant les lignes ennemies de renfort et d’approvisionnement. A vrai dire, l’invasion débuterait par des opérations aériennes qui allaient devoir commencer longtemps avant le jour J.

Mallory-Doolittle

De l’été 1943, la 8th US AAF du Lt Gen James H. Doolittle, avait concentré ses attaques sur les industries d’aviation allemandes et sur les aéroports. Le but primaire de ces missions était d’empêcher l’ennemi d’augmenter ses forces aériennes. La destruction simultanée des usines et des avions rencontrés lors des missions de combat fut une réussite et cela compta beaucoup lorsque l’invasion fut déclenchée. En plus de la perte de 5 à 6000 avions durant cette période, l’ennemi fut incapable d’augmenter ses forces de première ligne en préparation de l’assaut attendu.

En avril et mai 1944, tout en maintenant assidûment la fréquence des attaques sur les objectifs en Allemagne de manière à tenir les forces aériennes ennemies dans cette région, les bombardiers lourds commencèrent une phase d’opérations en relation directe avec l’assaut imminent. Ce fut une série de bombardements intensifs sur d’importantes gares de triage et certains aérodromes situés en France, aux Pays-Bas et en Allemagne de l’ouest. La surface couverte était volontairement si grande que cela supprimait toute indication précise sur la zone d’invasion choisie par les stratèges alliés. L’attaque des gares de triage avait été ordonnée dans le but de paralyser les ateliers de réparation et d’entretien allemands tout en usant la capacité des chemins de fer qui transportaient troupes et approvisionnements. Cela obligea en outre les Allemands à utiliser au maximum les transports par route.

Lewis-H-BreretonPendant le mois de mai, le rayon des attaques aériennes fut réduit graduellement pour atteindre son minimum dans les trois jours qui précédèrent le jour J. Cependant, même durant cette période de coups finals contre les noeuds ferroviaires et les aérodromes, la plupart des objectifs restaient la côte de la Manche à l’est de la Seine.
Les bombardiers moyens et les chasseurs-bombardiers de la 9th AAF du Lt Gen Lewis H. Brereton, avaient aussi participé aux phases préparatoires de la campagne. Commençant en avril et continuant en mai avec une intensité accrue, ils portèrent leurs attaques sur les aérodromes ennemis du nord de la France dans le but de les neutraliser définitivement tous dans un rayon de 210 km des plages d’assaut. Ainsi, pendant le seul mois de mai 1944, 36 aérodromes en Bretagne aux Pays-Bas, subirent au minimum une attaque chacun. Les gares de triage furent aussi les cibles des bombardiers moyens; du 1er mars au 5 juin, 36 triages furent atteints en Belgique et dans le Nord de la France au cours de 139 attaques. Les résultats furent excellents et, par exemple, l’important centre de Creil près de Paris fut estimé inopérant à plus de 60% le 24 mai. Fin mai, les ponts de chemin de fer sur la Seine et la Meuse se virent attribuer la plus haute priorité.

Le 4 juin 1944, tous les ponts de chemin de fer entre Rouen et Conflans y compris, furent détruits ainsi que 13 des 14 ponts routiers. Les attaques des chasseurs-bombardiers sur le parc roulant ennemi infligèrent des dégâts considérables pendant tout le mois de mai.
Le 21 mai 1944, jour où l’activité fut la plus intensive dans ce genre d’actions, 500 appareils revendiquèrent la destruction de 46 locomotives tandis que 32 autres étaient sérieusement endommagées. Il en fut de même pour 30 trains. La 9th AAF fut aussi très occupée à des missions de reconnaissance comprenant une forte activité au nord de la Somme aussi bien que dans la zone d’invasion. Ce fut aussi en mai 1944 que le Bomber Command changea l’objectif principal de ses attaques sur l’Allemagne et le fit passer sur la France et les Pays-Bas. En conséquence, des 37.250 tonnes de bombes lâchées pendant le mois, 28.703 le furent sur des objectifs choisis comme faisant partie du programme d’affaiblissement de l’ennemi susceptible de participer à l’invasion.

Gen-Bernard-L-Montgomery-001

21st Army Group

L’ensemble des forces terrestres utilisées lors de l’opération en Normandie était dirigé par le Gen Bernard L. Montgomery qui, à ce titre, occupait le poste de commandant en chef du 21sf Army Croup. Ses troupes devaient attaquer trois points principaux avec une force initiale de six divisions d’infanterie renforcées débarquant de la mer et trois divisions parachutistes. Sur son flanc gauche, la 2nd British Army du Lt Gen M. C. Dempsey, devait attaquer sur trois plages de débarquement avec trois divisions, deux du 1st British Corps du Lt Gen J. T. Crocker et une du XXXth British Corps du Lt Gen G. C. Bucknall. Une brigade aéroportée de la 6th British Airborne Division, Maj Gen R. N. Gale, devait être larguée derrière les défenses ennemies couvrant la plage et s’assurer des ponts vitaux sur l’Orne entre Caen et la mer.
Pour le jour J, les objectifs de cette 2nd British Army étaient Caen, Bayeux et Cabourg.

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(Carte : cliffchadderton.ca)

La 1st US Army, Gen Omar N. Bradley, était responsable des deux autres zones d’assaut et son VII Corps US, Gen Lawton J. Collins, devait débarquer une division juste au nord de l’estuaire de la Vire (Utah Beach ). Aux premières heures du jour J, quatre à cinq heures avant l’attaque par mer, les 82nd Airborne Division, Gen Matthew B. Ridgway et 101st Airborne Division, Gen Maxwell D. Taylor, devaient être larguées dans les régions sud-est et ouest de Ste Mère Église où leur mission était de capturer les ponts enjambant le Merderet tout en assurant le contrôle des rives de la Douve pour former une barrière contre le sud et d’aider les débarquements sur Utah Beach. Le soir du jour J, le VII Corps devait contrôler la zone à l’est du Merderet juste au sud de Montebourg à la Douve.

Entre les autres zones d’attaque, le V Corps US, Gen Leonard T. Gerow, prévoyait son attaque sur une plage large de 7 à 8000-M qui allait devenir Omaha Beach. Le plan et les objectifs de cette attaque seront décrits en détail plus loin.
L’intention de Montgomery, dès que les têtes de pont initiales seraient ancrées, était de tenir la région Sud et Est de Caen pendant que la 1st US Army manœuvrerait pour couper la Péninsule du Cotentin et capturer Cherbourg. Ce port devant constituer l’accès principal pour les approvisionnements futurs pour toutes les opérations à venir. Il devait être pris à J+15. La 1st US Army, qui serait à ce moment renforcée par trois corps, devrait alors attaquer au sud vers Coutances et la base de la Péninsule de Bretagne. Les estimations pour la prise de la Forêt de Cerisy donnaient J+5 ou J+6, Saint-Lô et Caumont à J+9.
Ces estimations furent élaborées en gardant à l’esprit le développement le plus favorable possible de l’opération. Elles assuraient une préparation pour une progression maximum mais ne représentaient ni un déroulement rapide et dur, ni des prévisions optimistes.

Les forces ennemies en France et aux Pays-Bas étaient estimées à environ 60 divisions, de 53 qu’elles étaient en février 1944. De ces 60 divisions, 17 étaient des division d’infanterie, 26 étaient appelées unités d’emploi limité (unités de défense côtière de mobilité limitée), 7 étaient des unités d’entraînement et 10 étaient des divisions blindées. Ces divisions blindées étaient situées à des points intérieurs d’où elles pouvaient être lancées comme force de frappe sur une zone côtière menacée. Comme indication possible d’où le haut commandement allemand attendait l’attaque, pas moins de 22 divisions gardaient le secteur situées entre la Seine et les Pays-Bas.

Dollman-Marks

Le secteur dans lequel le coup devait être porté était sous le contrôle de la 7. Armee, Generaloberst Friedrich Dollmann, dont le quartier général était au Mans en Normandie. Le LXXXIV Korps, General der Artillerie Erich Marcks, était responsable de la défense de la côte française depuis l’Orne jusqu’au coin nord-est de la Bretagne.

A la fin de l’hiver, la force ennemie à l’intérieur et plus particulièrement aux alentours de la zone d’attaque était estimée à cinq divisions d’infanterie seulement auxquelles s’ajoutaient quelques éléments mineurs des forces terrestres. En mai, les services de renseignement alliés eurent la preuve du renfort de deux divisions blindées juste au sud de Caen et de la 21. Panzerdivision du Generalleutnant Edgar Feuchtinger. Comme réserve mobile, deux autres divisions blindées étaient arrivées dans la région d’Alençon-Evreux d’où elles pouvaient rapidement atteindre le champ de bataille. Un certain nombre d’unités ennemies de Bretagne pouvaient être disponibles en quelques jours en renfort et selon le succès des attaques aériennes alliées, les divisions du Nord de la Seine et du Sud de la Loire pouvaient être amenées en Normandie. Les estimations alliées du renforcement ennemi, en ne supposant aucune interférence sur les mouvements route et rail situaient la force maximum possible dans la zone d’attaque de 18 à 20 divisions, dont 8 blindées, à J+3.
Pour cette même date, les forces alliées débarquées étaient prévues se monter à 13 divisions, y compris des éléments de deux divisions blindées. Le succès de l’invasion dépendrait de façon considérable des résultats d’une course entre l’accroissement des forces alliées et les renforts ennemis, pour lesquels on espérait que les efforts des forces aériennes alliées contre les communications rail et route imposeraient un handicap décisif aux Allemands.

Plans du V Corps US

En tant que plus haut quartier général des forces combattantes de l’US Army, le quartier général du V Corps commença en juillet 1943 à participer au planning préliminaire à l’emploi des forces américaines dans l’attaque du continent. Le 12 septembre, sur les ordres du chef d’état-major du quartier général suprême allié, le travail du V Corps fut centré sur le problème spécifique d’un débarquement en Normandie. En octobre, les quartiers généraux de la 1st US Army et du 1st US Army Group furent installés en Angleterre. Comme les décisions prises à haut niveau déterminaient les missions et objectifs des unités subordonnées, le travail devait être fait en accord et avec échange constant de vues entre les différents niveaux du commandement et entre les différents services. Les plans définitifs pour les forces terrestres sortirent successivement de janvier à mai, en commençant par ceux du 21st Army Group. Le plan Neptune de la 1st US Army sortit le 25 février, celui du V Corps le 26 mars et celui de la 1st US Infantry Division, Gen Clarence R. Huebner, le 16 avril. Les décisions finales sur les listes de troupes et leur chargement ne furent possibles qu’à des dates beaucoup plus tardives et des révisions de détails dans bien des parties du plan furent nécessaires jusqu’à la fin même de mai.

Un groupe de planning spécial dirigé par le Col Benjamin B. Talley fut charge de l’établissement du plan Neptune du V Corps. Au fur et a mesure de l’avancement des travaux des groupes de planning de la 1st Army et du V Corps, la nécessité d’expériences pratiques des problèmes posés par une opération amphibie à l’échelle proposée, particulièrement ceux du rassemblent et du chargement des troupes d’assaut se fit sentir. Un centre d’entraînement situé à Ilfracombe, dans le nord-ouest du Devonshire, pour l’étude des techniques d’assaut était utilisé depuis 1942 et des expériences sur les méthodes de chargement et de débarquement étaient effectuées près de Dartmouth depuis septembre 1943 avec la coopération de la Royal Navy. Cela fut jugé insuffisant. En décembre 1943, une partie de la côte de Slapton Sands (sud du Devonshire) fut désignée par le gouvernement britannique comme zone d’entraînement pour l’assaut des forces américaines. Les conditions de marées, plages et terrain y étaient à peu près les mêmes que celles de la côte normande et la zone était assez étendue pour permettre des exercices importants et à tirs réels, y compris les bombardements aériens et navals. A partir de janvier 1944, ce terrain d’entraînement fut utilisé pour tous les types d’expériences et pour des manoeuvres comprenant les forces navales et aériennes, les unités de service aussi bien que l’infanterie d’assaut et les chars.

En plus de sa valeur d’entraînement, le travail accompli là avait une influence directe sur le planning, particulièrement dans le cas d’exercices conduits sur une grande échelle permettant l’emploi d’unités majeures. Ainsi, l’exercice codé Duck (canard) en janvier, comprenait une division d’infanterie complète et des troupes de corps. Il reproduisit tous les stages d’une attaque depuis la concentration et le rassemblement en haute mer jusqu’à un débarquement, après un bombardement aérien et les tirs de la Marine. De par ces exercices, on apprit que trois divisions pouvaient être amenées des zones portuaires de Plymouth, Portland, Falmouth et Dartmouth au lieu d’une seule prévue antérieurement.
En mars, l’exercice Fox (renard) eut lieu à l’échelon Corps. Il comprenait deux divisions d’infanterie.
Du 3 au 8 mai, Fabius, termina la série des grandes manoeuvres avec tout ce qui s’élevait au niveau d’une grande première de l’opération Neptune. Les troupes employèrent un thème ressemblant de très près à celui des plans de Neptune et tant le rassemblement que l’embarquement eurent lieu dans les zones utilisées peu après pour le montage de Neptune. Pendant tous ces mois, l’entraînement et le planning progressèrent de concert et le groupe de planning employa les leçons apprises à Slapton Sands dans les réglages finaux et ses révisions de détails.
Désormais, le plan de l’opération Neptune comprenait au niveau du V Corps, un plan d’action propre et 22 annexes pratiquement toutes complétées par des révisions en avril ou en mai. Le document totalisait 326 pages et 2 cartes.

Le Plan d’Attaque

La mission du V Corps était d’établir une tête de pont dans la zone entre Port-en-Bessin et la Vire, d’où il pourrait pousser au sud vers Caumont et Saint-Lô en se réglant sur l’avance de la 2nd British Army. Le V Corps devait arriver à la tête de pont en quatre étapes. La force d’attaque initiale, Force “0″, comprenait la 1st Infantry Division, renforcée par quatre régiments d’infanterie accompagnés de puissants détachements d’artillerie, de blindés et de génie ainsi que d’unités auxiliaires pour le mouvement vers la côte. Les principaux composants de cette 1st Infantry Division étaient ses unités organiques, les 16th et 18th Infantry Regiments, deux régiment en renfort, les 115th et 116th Infantry Regiments détachés de la 29th Infantry Division (Gen Charles H. Gerhardt), ainsi que deux unités spéciales, les 2nd et 5th Rangers Battalions (Maj Sidney V. Bingham & Col James E. Rudder). La Force “0″ comptait ainsi un effectif de 34.142 hommes auxquels s’ajoutaient 3306 véhicules d’assaut, en tous genres.

L’arrivée des forces suivantes, la Force “B”, était prévue sur les plages d’assaut dans l’après-midi du jour J et se montait à 25.117 hommes et 4429 véhicules. La Force” B ” comprenait la 29th US Infantry Division, formée du 175th Infantry Regiment et du 26th Infantry Regiment, détaché de la 1st Infantry Division.
Prévu pour arriver à J+1 ou J+2, le contingent de renfort déjà embarqué était composé principalement de la 2nd US Infantry Division du Gen Walter M. Robertson, et totalisait environ 17.500 hommes et 2300 véhicules. Les dates prévues pour compléter le transfert du V Corps en Normandie étaient comprises entre J+2 et J+15 et intéressaient 27 groupes résiduels totalisant 32.000 hommes et 9946 véhicules. Tous ces totaux comprenaient un grand nombre d’unités rattachées au V Corps pour ce mouvement seulement.

Les plans de chargement des forces “0″ et “B” furent conçus pour une opération devant se développer à partir d’une division d’assaut renforcée jusqu’à une attaque de deux divisions de front. L’unité de commandement des premières étapes critiques serait ainsi assurée. Le Gen Clarence R. Huebner, commandant la 1st Infantry Division, devait conduire l’assaut initial avec une force comprenant deux unités de la 29th Infantry Division tandis que les plans pour les débarquements et les mouvements vers l’intérieur furent établis pour permettre assez tôt la désignation de zones séparées pour les 1st et 29th Divisions. Ces zones devaient entrer en application sur ordre du Corps, quand le Gen Charles H. Gerhardt assumerait le commandement de la 29th avec ses unités organiques.

Pendant ce temps, afin de paver le chemin de cette étape, le Gen Norman D. Cota, assistant divisionnaire du commandant de la 29th, devait débarquer avec le 116th Inf Regt et assister le Gen Huebner à diriger les unités de la 29th jusqu’à leur réaffectation. La 1st Inf Div était une unité de vétérans qui avait servi durant les campagnes d’Afrique du Nord et de Sicile. Les 29th et 2nd Inf Div allaient subir leur baptême du feu en Normandie.

Le Terrain

La côte de Normandie n’offre, dans la partie assignée au V Corps, que quelques rares zones favorables à des opérations de débarquement de grande envergure. Les falaises, les écueils et les grandes différences de niveau des marées se combinent pour former des difficultés naturelles. L’estuaire de la Vire est jonché de plateaux très longs, découverts à marée basse, et est flanqué, à l’est, d’écueils qui s’étendent jusqu’à Grandcamp. Au-delà de ce village de bord de mer, des falaises d’une moyenne de 30-M de haut dominent une plage étroite jusqu’à la Pointe de la Percée.
Cinq miles (8 km) plus à l’est, les falaises réapparaissent sur le rivage et la plage est jonchée d’entablements rocheux qui continuent jusqu’à Port-en-Bessin. C’est sur cette distance de 8 km, sans falaise, que le V Corps US avait prévu ses débarquements, désignant ce secteur sous le nom de code d’Omaha Beach.
La partie considérée comme convenant à des opérations de débarquement s’étendait sur près de 7000-M d’un rivage qui, en forme de croissant, s’incurve légèrement à l’intérieur des terres avec des escarpements devenant falaises à chaque extrémité de ce secteur. La pente de la plage sableuse était légèrement en dessous du niveau de pleine mer. La différence de niveaux des marées attendue à cette époque était de 18 pieds (6-M), et la marée basse découvrait une bande de sable dur d’environ 300 m de long sur lequel l’ennemi avait disposé des obstacles sous-marins. A marée haute, les hommes et les véhicules avançant dans l’eau vers la plage pouvaient s’attendre en plus à des difficultés dues à des petits canaux irréguliers qui, parallèles au rivage, étaient creusés par les courants des marées et avaient une profondeur variant de 2 à 4 pieds (0.6 à 1.2-M).

Lorsque la marée était à son niveau le plus haut, l’espace sableux se transformait en un talus de galets assez escarpé qui atteignait une hauteur d’environ 8 pieds (2.4-M). A certains endroits, il n’avait pas moins de 15 m de large tandis que les galets qui le recouvraient avaient une moyenne de 10 cm de diamètre. Aux deux tiers de la plage, à l’ est, le talus de galets s’appuyait sur les dunes en formant une barrière infranchissable aux véhicules et, à l’ouest, les galets s’entassaient contre le mur de front de mer, sortie de Vierville, construit, d’abord, en pierres maçonnées et incliné vers la mer puis en bois. Ce mur variait en hauteur de 1.2-M à 4-M et était interrompu sur une longueur de plusieurs centaines de mètres où la partie de sable plat se terminait en talus et endiguement. Immédiatement derrière le mur de front de mer se trouvait une petite route de promenade pavée qui reliait la sortie D-1 à la sortie D-3 puis, se transformait en chemin rocailleux jusqu’à la sortie E-3. Entre la ligne de dunes (ou mur de front de mer) et les escarpements, s’étendait le plat de la plage. Très étroit à chaque extrémité de la zone de débarquement principal, cette bande de sable plat s’élargissait jusqu’à atteindre plus de 200-M au centre de sa courbe. Sauf à l’extrémité de Vierville, le plateau était recouvert de végétation et de hautes herbes, surtout près du bord des escarpements.

Aux alentours de la sortie D-1, un certain nombre de villas d’été s’alignaient derrière la route de promenade et, à la sortie D-3, se trouvait un petit village, Les Moulins, dont les maisons bordaient la route de la plage vers l’intérieur des terres. Beaucoup d’entre elles avaient été rasées par les Allemands désireux d’augmenter les champs de tirs défensifs au maximum. A l’est des Moulins, il n’y avait que quelques maisons éparpillées. Des escarpements de 30 à 60-M de haut s’élèvent à pic de la plage pour la dominer. Les pentes sont en général abruptes, mais à un degré variable. Elles le sont beaucoup entre les sorties D-1 et D-3; plus loin, à l’est, elles sont plus douces mais s’élèvent plus haut, de 50 à 60-M, à l’endroit précis où la plage est la plus étroite. Ces pentes herbeuses sont beaucoup moins unies qu’elles ne le semblent, même vues d’assez près. Beaucoup de petits replis et d’irrégularités forment des abris contre les tirs de flanc et de la sortie E-1 vers l’est, les pentes sont en partie couvertes de buissons et d’arbrisseaux. Sur presque toute la longueur des pentes, leur sommet se termine avec une ligne de crête très nette au niveau du plateau des terres intérieures; à l’est où les pentes sont plus longues et plus douces, la ligne de crête n’est pas définie très nettement.

A quatre endroits de la plage d’Omaha, des petites vallées boisées remontent en pente douce à l’intérieur des terres et fournissent des couloirs naturels pour sortir de la partie plate de la plage. Une route pavée quittait la côte à la sortie D-1; les autres couloirs n’avaient que des chemins, de terre. Ces couloirs formaient inévitablement des positions-clés à la fois dans le plan d’attaque allié et dans la disposition des défenses allemandes. L’avance des unités d’assaut à l’intérieur des terres dépendait de l’ouverture de routes pour le trafic et les approvisionnements à partir de la plage et les blindés d’attaque ne pouvaient gagner le plateau que par ces couloirs. Près de l’extrémité est de la plage, un couloir étroit et assez abrupt suivi d’une piste bosselée menant vers l’intérieur, fut noté comme cinquième route de sortie (F-1) en cas d’urgence.

Une fois au sommet des pentes abruptes, les troupes d’assaut avaient l’impression de déboucher sur une plaine légèrement ondulée. En fait, il y a une élévation graduelle du sol, parallèle à la côte jusqu’à environ 2000-M à l’intérieur et qui atteint une altitude de 250 pieds (83-M) au sud de Colleville. Il n’y a aucune ligne notable de talus, et sauf pour les inhabituels grands champs entre les sorties D-1 et E-1, dans toute la région l’observation est sévèrement réduite par les nombreuses haies, les vergers et les allées d’arbres.
Trois villages, Vierville, St-Laurent et Colleville, étaient situés près des sorties de couloirs et le long de la route côtière principale de telle façon qu’ils figuraient inévitablement dans la défense des principales sorties. Il s’agissait des villages agricoles ayant un certain regain d’activité en été en tant que bords de mer. Leurs maisons de pierre étaient rassemblées autour de la route côtière qui les reliait à Grandcamp et Bayeux.


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